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Édition Semaine n° 39 / Septembre 2022

LEXNEWS EXPRESS : à noter sur vos agendas...

 

 

 

LES SELECTIONS CONCERTS LEXNEWS

LEXNEWS VOUS ACCOMPAGNE CHAQUE SEMAINE DANS L'UNIVERS DE LA MUSIQUE : CONCERTS, SALONS,...

 
 
INFOS EXPRESS Concert Sir Andras Schiff, Fondation Louis Vuitton, 14 septembre 2022
 


Invité prestigieux de la Fondation Louis Vuitton, Sir Andras Schiff, spécialiste émérite de Beethoven, récompensé tout du long de sa carrière par de multiples prix et distinctions internationales a offert en cette soirée de septembre un splendide récital libre et varié. Programme pianistique qui se révèle au fur et à mesure, de Bach à Schubert, en passant par Mozart, Haydn et Beethoven, un choix fort et profond d'œuvres toutes plus abouties les unes que les autres, interprétées au pinacle.
La verve, la sensibilité, l'intelligence, la délicatesse, la tendresse d'un maestro au sommet de son art n'ont cessé de subjuguer, emmenant l'auditoire dans un voyage musical envoutant, quasi méditatif, et à l'essence même du lyrisme.
Bach avec l'aria des Variations Golberg et la Suite Française n.5, dans une limpidité presque immatérielle ; Petite Gigue de Mozart toute en rondeur ; Sonate en Do mineur de Haydn pleine d'allant ; Beethoven, évidemment avec l'opus 2, dans une douceur, une pétulance, un tourbillonnement, un engagement indicible et pleinement incarné ; Brève parenthèse de respiration fluide avec le Rondo KV 511 avant une conclusion majestueuse par la Sonate en La Majeur de Schubert, chef d'œuvre de 1828 duquel exhale un long et magnifique chant à la vie.
Passion et ardeur, poésie et souffle traversent sans failles l'interprétation de Sir Andras Schiff. Un récital sublime par un virtuose généreux d'une humilité noble et rare dans l'écrin de cet auditorium de la Fondation Vuitton ouvert sur le monde. Une expérience inoubliable, un instant de grâce.


Jean-Paul Bottemanne

Pour découvrir la programmation de cette saison :

www.fondationlouisvuitton.fr/fr/la-programmation-musicale

  Orchestre de Paris Sciences et Lettres (PSL), Moati Cohen, Invalides, 31 mai 2022
 


C'est avec Camille Saint-Saëns, Ernest Bloch et Joachim Rodrigo et son incontournable Concerto d'Aranjuez que l'Orchestre de Paris Sciences et Lettres dirigé par Johan Farjot et les deux solistes, Elsa Moati au violon et Liat Cohen à la guitare, ont pu ravir un public venu nombreux en la cathédrale Saint-Louis des Invalides.
Entrée en matière avec Saint-Saëns et sa Bacchanale, acte 3, scène 3 de l'opéra Samson et Dalila, un numéro vif et mélodieux, offrant de belles couleurs instrumentales, apte à mettre en lumière l'orchestre PSL formé en très grande majorité par les étudiants et personnels de plusieurs universités et écoles supérieures parisiennes, preuve de sa capacité à aborder avec talent et maîtrise un répertoire exigeant. Ici, chaque ligne, chaque pupitre s’est déployé pour atteindre en final l'intensité dramaturgique attendue.
Les Trois Images de la Vie Hassidiques De Bloch ont donné la place principale à Elsa Moati, jeune violoniste prolifique, reconnue et généreuse dans son exploration musicale. Prenant et inspiré, dégageant un souffle vital ou enfin exultant, toute la noble richesse imaginée par Bloch s’est imposée avec sincérité, souplesse ou encore gravité sous l'archet chantant, vibrant et fédérateur du violon de Moati, habilement soutenu par la baguette de Farjot. C'est avec le même talent et virtuosité que la violoniste s’est exprimée dans le Rondo Cariccioso, opus 28 de Saint-Saëns. Ici, l'élégance et la grâce se sont disputées dans cette sérénade empreinte de nostalgie.
Place enfin à Liat Cohen et ce chef d'oeuvre de la guitare qu'est le Concerto D'Aranjuez, cadeau nuptial d'un compositeur à sa jeune épouse, parcouru par des thèmes puissants et enivrants. Partition exigeante dont Cohen s’est emparée avec majesté et brio, rendant avec superbe toute l'intensité poétique de ce voyage musical inouï. Accomplissement habité de cette artiste reconnue dès son adolescence pour la sensualité et la délicatesse de son jeu au timbre affirmé. Le dialogue entre sa guitare et l'orchestre était vif et posé, habilement contrasté et complémentaire.
Une belle soirée pour un programme riche en émotion.


Jean-Paul Bottemanne

  Svetlin Roussev, Orchestre Symphonique de La Garde républicaine, Invalides 24 mai 2022
 

C’est avec l’immense Svetlin Roussev, l’un des plus talentueux violonistes de sa génération, splendidement accompagné par l’Orchestre Symphonique de La Garde Républicaine sous la baguette émérite de son chef le Colonel François Boulanger que la saison musicale des Invalides arrive presque à sa fin. Véritable feu d’artifice, l’union du soliste et de cette formation remarquable s’est donnée à cœur nu pour un programme savoureux dédié à la musique slave.
Des deux danses, opus 46 de Dvorak en ouverture émergent immédiatement l’esprit folklorique slave. Le rythme soutenu, le chant enjoué du violoncelle, l’échange dynamique entre les pupitres emmènent de bout en bout, témoignant sans faille du charme indéniable dont savait faire preuve le compositeur tchèque dans l’écriture orchestrale. « Chant » pour violon et orchestre, l’entrée en matière de Roussev pour le deuxième morceau de la soirée est un véritable délice avec cette partition sublime et virtuose du compositeur bulgare Vladiguerov, injustement méconnu du grand public, tant son écriture est maîtrisée, sa verve adéquate et sa couleur harmonique d’une richesse fine et subtile. Ici, Roussev se livre avec profondeur, enivre, envoûte passe du clair à l’obscur dans un tourbillon ininterrompu. Son toucher est magique, son archet altier, sa dextérité sans faille, son expressivité à couper le souffle.
Place ensuite à Kodaly avec Danses de Galanta, inspirées et véritable hommage aux musiques militaires entendues durant l’enfance du compositeur hongrois ; jeu de tableaux aux contrastes forts, aux tempi variants pour une escalade mouvementée et généreuse de l’orchestre.
Final avec le retour de Roussev pour le concerto n.1, opus 19 pour violon et orchestre de Prokofiev. De nouveau, le violoniste bulgare se montre éblouissant et majestueux en tout point, et ce, tout au long de l’œuvre, avec un timbre toujours sur le fil du rasoir qui s’échappe et croise un orchestre à son écoute, laissant le public pantois et ébahi, touché par la grâce d’un musicien exceptionnel. Rappels étincelants du soliste avec notamment Ysaÿe.
Une soirée musicale qu’il ne fallait assurément pas manquer, tant le niveau, les talents et la qualité étaient époustouflants, la beauté au rendez-vous, les musiciens dans les meilleures dispositions. Tout simplement étourdissant.


Jean-Paul Bottemanne

  Lexnews a vu pour vous : concert Sheila Arnold 3 mai 2022 Goethe Institut Paris
 


C'est dans le cadre de la Saison Blüthner - Piano Mon Amour organisée conjointement par la Fondation Alfred Reinhold, le Goethe-Institut Paris et l'Agence Music 'N Com que Sheila Arnold, artiste de renom international a été invitée à donner un récital tout en finesse, virtuosité et passion.
Connue pour sa capacité à dévoiler et rendre à juste propos l'univers mozartien, elle a subtilement ouvert cette soirée avec la sonate KV280, dévoilant tour à tour toutes les facettes ici présentes du génie autrichien. Œuvre équilibrée, à la fois facétieuse dans l'esprit, grave et profonde, ou encore virtuose, dont la maîtrise juste dans le jeu par Arnold sur les trois mouvements de cette œuvre a suscité toute l'adhésion du public. Préambule au contraste fort avec ces trois magnifiques pièces de Images 1er cahier de Claude Debussy. Ici, la résonance s'ouvre, le voyage devient onirique, submerge, le toucher sublime de la concertiste emmène et guide, plonge dans le délice des harmonies subtiles, pour n'en ressortir que plus affirmé encore. Poursuite avec cette page d'intimité de Brahms qu'est l'opus 117. Univers choral en ouverture qui lentement, mais inexorablement, au fil des mouvements conduit à une plongée introspective et élégiaque, prière de l'âme toute en grâce. Trois intermezzi ici envoûtants sous les doigts de Sheila Arnold. Récital conclu par Chopin et son incontournable ballade en sol mineur op.23. Interprétation avec un rubato superbe et une personnalité affirmée, lecture singulière, reflet de la sensibilité propre de l'artiste, une découverte.
Un concert réjouissant, une pianiste brillante qu'il sera toujours heureux de retrouver sur scène.
 

Jean-Paul Bottemanne

  Concert Irina Lankova Gaveau vendredi 15 octobre 2021

C'est avec toute la délicatesse de son jeu à l'élégance rare, limpide et fluide que la virtuose pianiste russe Irina Lankova nous a subjugués durant ce récital essentiellement consacré à Rachmaninov et Schubert. Car on ne peut qu’être fasciné par son toucher aérien et raffiné d'une sensibilité frissonnante à l'image au service d'un univers musical exceptionnel qu'elle affectionne et révèle avec majesté et grâce.
Première partie de programme consacrée à quelques-unes des plus belles pages de Rachmaninov. D'emblée, Lankova est sublime en ouverture durant l'Élégie op.3 avec une plongée immédiate dans l'émotion pure. Puis, virevoltante dans le tableau op.39 n.3, envoûtante dans l'opus 33, n.8 touchante et pudique dans les deux romances Op. 43, n.14 et op..21, n.7, mystique dans le prélude op.23, n.7, papillon éphémère dans celui de l'op.32, n.12, sarcastique dans le Liebeslied de Fritz Kreisler. Ainsi, l'artiste dévoile tour à tour une personnalité musicale fascinante qui ne peut laisser indifférent. Voyage émotionnel poursuivi avec autant de justesse et de brio, d'abord par deux pièces méditatives et épurées en première mondiale de Dirk Brosse, en articulation avec Schubert à travers l'Impromptu D.899 et deux transcriptions de Liszt de deux Lieder, trois pièces ici délicatement ciselées avec fougue, passion et onirisme dans leur interprétation. Conclusion évidente et judicieuse du programme annoncé par l'apaisement supérieur intrinsèque à l'adagio BWV 974 de J.S. Bach.
Un concert à l'interprétation éblouissante, à l'image du dernier album « Élégie » de la pianiste, d'une qualité exceptionnelle, qui fera sans nul doute référence et sur lequel aucun mélomane ne peut faire l'impasse. Irina Lankova allie génie sensoriel et technique virtuose, exprime l'indicible, illumine, se confie sans ambiguïté, bouleverse par sa sincérité et survole son sujet ! Bravo
 

Jean-Paul Bottemanne

  Concert Roomful of Teeth, Festival musique(s) Rive Gauche, mercredi 15 septembre, Salle Colonne

Le second concert du Festival musique(s) Rive Gauche a proposé un univers musical passionnant. Invité d’honneur, l’octuor vocal américain Roomful of Teeth créé et dirigé par la jeune et talentueuse compositrice américaine Caroline Shaw (Prix Pulitzer 2013 pour la musique à l’âge de trente ans) a immergé le public dans le spectre innovant de la création vocale contemporaine américaine, par l’offrande de trois œuvres en première en France. Ensemble qui se produisait aussi pour la première fois sur scène depuis la pandémie.
Ici, donc trois pièces, The Island, Partita for 8 voices de Caroline Shaw et Beneath de Caleb Burhans. Des œuvres qui partagent une esthétique se rapportant en partie au courant de la musique minimaliste, mais la prolonge et la dépasse ; trois partitions axées autour du timbre et de la technique vocale sous toutes ses facettes, lyrique, mais aussi prosodique, ou encore ancestrale comme le katajah inuit.
Avec The Island, la voix plurielle se construit au fur et à mesure, évolue, se révèle et se tisse au fil du sens de texte de Shakespeare, « La Tempête », choisi par Shaw dans un jeu perpétuel de nuances, d’harmonies, de textures, en évitant judicieusement l’obsession du processus minimaliste.
Beneath, de Burhans, en contraste, est une pièce gommant l’aspect littéraire par l’absence de texte et appuie des gestes musicaux forts au travers de trois phases contrastées dans l’exploration des registres et la construction des polyphonies.
Partita for 8 Voices, enfin, est une cascade en trois mouvements de vagues successives de climax s’articulant avec intelligence, ou rien n’est artifice. Ici encore, Shaw a le génie pour dépasser et s’affranchir du minimalisme avec une partita qui magnifie et amplifie ce qui est à l’œuvre dans The Island. Chaque idée, chaque geste s’imbrique l’un dans l’autre, et ce, avec logique et sans superflu. Finalement, tout est fait pour que chaque voix ait une place à part dans une mosaïque kaléidoscopique qui dérive, perd, rattrape, saisit, fascine l’auditeur sans le contraindre.
Trois pièces qui se révèlent avec superbe grâce au talent et à la virtuosité remarquable et indéniable des huit chanteurs, dont la compositrice Caroline Shaw, elle-même.
Une belle découverte, un temps fort, l’évidence de la nécessité à offrir plus d’expositions encore aux compositrices actuelles de la scène musicale américaine en Europe. Bravo !
 

Jean-Paul Bottemanne
 

  Les Kapsber’Girls, Festival Musique(s) Rive Gauche, mercredi 15 septembre 2021, Salle Colonne
 

©Vincent Arbelet


C’est en ouverture de la première édition du Festival Musiques(s) Rive Gauche, un projet initié par l’association Petite Musique Bleue et porté par cinq femmes passionnées et convaincues de l’importance d’élargir l’offre musicale parisienne que les Kapsber’Girls nous ont présenté en avant-première le répertoire de leur second album à paraître cet octobre à la Salle Colonne, Paris 1 ».
« Vous avez dit Brunettes ? » réunit un ensemble délicieux et baroque de treize courtes pièces vocales légères, puisées dans ce vaste répertoire de la musique française du 17e siècle que sont les brunettes, ponctué de pièces instrumentales. Évoquant tour à tour l’amour pastoral, la Nature et parfois aussi plus simplement des chansons à boire, le quatuor formé par Alice Duport-Percier et Axelle Verner au chant, Garance Boizot et Albane Imbs aux instruments, a défendu avec brio une couleur et un choix esthétique plein d’allant et de gaîté, un répertoire qui sous ses airs faussement faciles, est d’une complexité technique supérieure, aspect qu’elles auront su faire oublier tout du long de leur concert pour rester dans l’instant d’une spontanéité musicale maitrisée.
En vraies expertes du genre et du style, n’hésitant pas - tout comme l’éditeur Ballard en son temps à mettre à jour ces airs avec des arrangements originaux et parfaitement menés, alliant grâce et complicité pour une excursion tantôt grave, tantôt joyeuse, mais toujours animée et riche dans l’expression des affects, les deux chanteuses Duport-Percier et Axelle Verner ont fait vibrer ces mélodies lumineuses et ornementées avec justesse. En parfaite adéquation, l’instrumentation sans faute délivrée aux cordes pincées et frottées par Boizot et Imbs sur des instruments d’époque est venue souligner le caractère authentique de ces timbres parfois diaphanes et pourtant consistants et empreints de noblesse.
Un bel instant de partage, de générosité et d’enthousiasme offert au public, un temps hors du temps, dont la réalisation est à la hauteur des espérances pour cette promenade musicale batifolante.


Jean-Paul Bottemanne

 

Opera a Palazzo lundi 7 juin 2021, Fondation Dosne Thiers

Opera A Palazzo, « La Traviata » à fleur de peau...

 

©Denis Mareau

 

C’est dans le décor somptueux et chargé d’histoire des salons de l’Hotel Dosne-Thiers, Place St-Georges que la tragique et sublime romance de Verdi se donne à voir et partager avec une force et une passion exceptionnelle sublimées de façon tout à fait originale. Car Opera a Palazzo, dans la continuité de Musica A Palazzo née à Venise en 2005 et dont les créateurs nous transmettent l’âme de l’expérience de l’opéra immersif, propose ici pour la première fois à Paris de vivre l’opéra de l’intérieur en gommant les distances avec les chanteurs, par l’invite d’être avec eux dans le partage le plus immédiat de l’espace, scène et salle se confondant en un seul lieu, chaque salon étant le décor réel dont la mise en scène extraordinaire de Patrizia Di Paola a su tirer pleinement parti. Expérience fusionnelle d’une intensité sans pareil tant pour les spectateurs que les artistes.

©Denis Mareau

 

Ici, l’adaptation primée par The Argus Angel Award de la Traviata est resserrée autour des trois personnages principaux, Violetta Alfredo et son père Giorgio dans une orchestration tout autant restreinte mais terriblement efficace. La magie opère dès le premier instant, l’entrée en scène d’Alfredo, très vite rejoint par Violetta s’ouvre sur ce premier duo intense et joyeux du célèbre Libiam nei lieti calici, tourbillon enivrant de cet amour naissant entre ces deux êtres. Tout ce qui suit va aller plus haut et plus fort encore. Merveilleuse Violetta, nous rendant témoin intime de son trouble dans un frisson indicible. Frisson qui sous le portrait d’Adolphe Thiers dans l’acte 2 se poursuit avec autant de force et continue de nous envahir nous mettant le cœur à nu dans ces grandes mélopées verdiennes. Tragédie qui se joue avec l’arrivée du père d’Alfredo, émotion et sincérité juste remarquables dans leur duo poignant. Acte 3 scellant le drame avec le trio vocal se mariant à merveille, Violetta attire, émeut, fige l’instant par sa douleur, son amour, son émotion tandis le père et le fils tous deux réunis l’accompagnent avec autant de puissance dramatique. Ode à l’amour et à la tragédie.

 

©Denis Mareau

 

Tout provoque le frisson, l’émotion est intacte et prégnante de bout en bout. Que dire des trois chanteurs habillés des costumes réalisés par l’Atelier Nicolao de Venise, sinon qu’ils furent extraordinaires. Armelle Khourdoïan est envoûtante, sa voix nous emporte avec beauté, sa technique est au service de son personnage, son jeu théâtral captivant. Christophe Poncet de Solages est son égal dans le rôle d’Alfredo avec un timbre égal et puissant dans l’ensemble de sa tessiture. De même enfin pour Laurent Arcaro dans le rôle de Giorgio avec une profondeur et une rondeur vocale, tous trois scellant une prestation vocale supérieure bien rare. Prestation instrumentale enfin assise, attentive et en osmose du jeune Philip Richardson au piano, Anne Balu au violon et Carlotta Persico au violoncelle.

Que dire encore ? Cette Traviata par Opera A Palazzo soutenu par des partenaires convaincus de la démarche nous ramène au cœur même de l’opéra, du mariage entre musique et théâtre et ne peut que ravir tout amateur de l’art lyrique. Un pur bonheur en petit comité qu’il faut s’offrir, un spectacle de très grande qualité complété par une visite de la Fondation et d’un partage convivial autour d’une coupe de champagne Leclerc Briant pour chacun.

 

https://opera-palazzo.com/
 

Jean-Paul Bottemanne

  Concert BERLIN PARADISE, 26/02/20 Quatuor Manfred, Marion Rampal, Le Bal Blomet, Paris 15e

Avec un choix des plus judicieux issu du répertoire berlinois de l'entre-deux-guerres, le spectacle musical « Berlin Paradise », conçu par le Quatuor Manfred et Marion Rampal et en présence du saxophoniste Thomas Savy, a su ravir son public lui offrant une interprétation exemplaire toute en souplesse et à la confluence d'univers musicaux assortis dans l'intimité chaleureuse et emblématique de la scène du Bal Blomet.
De Kurt Weill à Hollaender en passant par Berg, Hindemih, Schulhoff et Esler, chacun aura su trouver son bonheur dans la maitrise sublime offerte par nos musiciens entre pièces instrumentales et chansons de cabaret, modernité savante et couleurs populaires. D'une cohésion indicible dans leurs complémentarités, voix, cordes et vent, ont su captiver, s'imposer, caresser, et s'échapper, vibrant au fil des mélodies et des harmonies dans un équilibre souverain.
Le quatuor Manfred, superbe dès les premières notes, drape et tisse avec délicatesse une texture sonore riche et flamboyante. La clarté et précision de leurs échanges ont magnifié la profondeur des partitions, gommé l'âpreté des dissonances assumées, et subjugué dans les nuances des timbres, offrant un écrin précieux au velours prenant de la voix de Marion Rampal, et un socle attentif aux envolées lyriques des parties solistes de Thomas Savy.
L'interprétation suave et délicieuse du Youkali de Kurt Weill, la légèreté malicieuse du Nein de Hanns Esler, le persifflage de l'ouverture du Hollandais Volant de Hindemith, la mélancolie du Lavender Song de Spoliansky, furent ainsi autant de parenthèses de bonheur et de plaisir, filigrane tout en broderie, mémoire de l'émancipation artistique de la République de Weimar, réprimée brutalement par le régime nazi, et amenant ces compositeurs d'exception à fuir l'oppression...
Un beau programme audacieux et des plus réussi que chacun pourra goûter et retrouver au travers du CD Bye -Bye Berlin (Harmonia Mundi).

Jean-Paul Bottemanne

  Concert 30 janvier Théâtre Champs-Élysées
Trio Elisabeth Leonskaja, Lisa Ferschtman, Jakob Koranyi

 

Pour cette représentation d'ouverture du Cycle Schubert, donnée dans au Théâtre des Champs-Élysées, le trio formé par la violoniste Lisa Ferschtman, le violoncelliste Jakob Koranyi et la « dernière grande Dame de l'École Soviétique », Élisabeth Leonskaja au piano, aura régalé le public avec les opus 99, D. 898 (Trio n.1 en Mi bémol Majeur) et 100, D 929 (Trio n.2 en Mi bémol Majeur). Deux oeuvres fortes et puissantes, parmi les dernières composées par ce musicien de génie que fut Franz Schubert, un an avant sa mort tragique. Toutes deux structurées en quatre mouvements et empreintes d'une grande expressivité, chacune vibre d'un charme envoûtant aux caractères bien différents par des thèmes mélodiques singuliers et forts. Ainsi le lyrisme dominant du premier contraste avec la dramaturgie exacerbée du second, tout comme la distribution et l'équilibre entre les trois musiciens.
Trio n.1 séducteur, habilement souligné et mis en lumière par nos trois virtuoses, commence par un Allegro radieux à la texture riche et colorée, suivi d'un Andante introspectif et rêveur au travers des dialogues subtils entre cordes et clavier, avant le Scherzo et le Rondo, deux mouvements vifs, dynamiques, dansants et rythmés, riches en variations et modulations subtiles, brodant en beauté un fil musical élégant. Tout au long de l'œuvre, l'équilibre entre les trois pupitres propose des pages sublimes empreintes de poésie musicale portées par la sensibilité des trois interprètes.
Le Trio n.2, écrit la même année que le précédent, propose un tout autre programme avec une approche plus tourmentée et un rôle plus important donné au clavier. La passion s'exprime avec ardeur durant l'Allegro au travers de trois thèmes : L'inquiétude et l'angoisse s'imposent dès les premières mesures de l'Andante avec une magnifique et saisissante mélodie inspirée d'un lied d'origine scandinave, d'abord évoquée par le violoncelle, puis sublimement portée par le piano, et illuminée par les réponses souples des archets. Scherzando en réponse et rappel de l'Allegro, duquel continue d'émerger la force dramaturgique ; Allegro final faisant réentendre le thème funèbre entendu dans l'Andante avec une opposition entre deux épisodes contrastés.
Trois musiciens d'exception à la sensibilité raffinée. Lisa Ferschtman donne corps à ses lignes avec enthousiasme et élégance, Jakob Koranyi interpelle et captive par la transcendance de son jeu, Élisabeth Leonskaja subjugue en maestria d'un toucher émouvant dans sa prosodie mélodique, émeut par l'humilité et la sincérité musicale de son incantation, une performance fusionnelle qui aura offert au public de plonger tout entier dans l'univers schubertien avec délectation.


Jean-Paul Bottemanne

 

Concert Maîtrise Notre-Dame orchestre de Paris Mercredi 20 novembre 2019


 

La fructueuse collaboration entre l'Orchestre de Chambre de Paris et la Maîtrise de Notre-Dame a toujours conduit à la réalisation de soirées musicales brillantes et exceptionnelles, et ce dernier concert ne fit pas exception ! Celui-ci sous la baguette de Douglas Boyd en l'Église Saint-Eustache, n'a en effet pas dérogé à l'accomplissement d'une rencontre pétulante qui aura tenu toutes ses promesses.
Entrée en matière avec la Fantaisie pour cordes sur un thème de Thomas Tallis de Ralph Vaughan Williams, pièce en un mouvement, considérée à juste titre comme l'une des plus belles œuvres du compositeur anglais. Le jeu permanent de couleurs et d'espaces entre les différents pupitres fut un délice organique, faisant apparaître, en une myriade de nuances et de contrastes, le service d'une conduite mélodique envoûtante de laquelle ont émergé tour à tour des sonorités enchanteresses, lignes solistes gracieuses, dialogues habiles et mariages réussis ; La conduite inspirée du chef donnant vie à chaque passage, âme à chaque geste, jusqu'au point d'orgue final.
Chef d'œuvre incontournable du genre, le Requiem de Mozart en deuxième partie, pièce légendaire, de par le mystère qui entoure sa composition, a dégagé une force et un souffle d'une envergure hors du commun que les quatre chanteurs solistes, Mireille Asselin, Éva Zaïcik, James Way et David Soar, la Maîtrise et L'Orchestre de Paris, n'auront de cesse de magnifier durant les huit mouvements con brio. À chaque instant, la polyphonie se fit lumineuse et pénétrée, l'interprétation incarnée, le contexte évident, le sens sublimé. Le flux musical baigne d'une énergie irradiante entre les voix et les instruments. La Maîtrise impressionne de par son unité vocale et sa justesse d'une intonation luminescente, alors que les solistes ont, pour leur part, investi leurs parties avec une musicalité irréprochable, chacun dans la beauté de son registre et de sa voix ; profondeur pour le basse David Soar, brillance pour le ténor James Way, pureté exquise pour Éva Zaïcik, clarté chaleureuse, enfin, pour Mireille Asselin. Une maîtrise à laquelle l’ensemble instrumental est venu répondre, proposer, soutenir et s'ajuster avec finesse et élan. Douglas Boyd canalise, guide, insuffle et élève, amenant l'ensemble des musiciens et chanteurs à un achèvement tant sensible que solennel et opulent. Une réussite totale dont le mérite revient également aux chefs de chœur de la Maîtrise, Henry Chalet et Emile Fleury dans la préparation de ce très bel événement.
 

Jean-Paul Bottemanne

 

Concert Maîtrise Notre Dame, mercredi 9 octobre 2019, à Saint-Eustache.

 


C'est par une prestation d'une rare qualité que la Maîtrise de Notre Dame a subjugué le public lors de sa première représentation « Hors les Murs » en l'Église Saint-Eustache. Sous la direction de Henri Chalet, le chœur d'adultes s'est montré exemplaire dans sa musicalité, émouvant dans ses interprétations, sincère, chaleureux et proche dans son partage artistique, invitant notamment par deux fois le public à une immersion sonore sublime dans l'intimité de sa disposition spatiale.
Programme délicieusement débuté par Yves Castagnet, avec la Sonate pour Orgue en ré mineur, op.65, n.6 de Félix Mendelssohn. Son jeu au doigté souple et posé, mettant tantôt le thème choral en valeur, tantôt la conduite de la fugue en évidence, a éclairé avec brio et limpidité une œuvre délicate, et gagnant en force et caractère au fur et à mesure de la partition jusqu'au final majestueux.
Programme poursuivi avec les trois motets de l''opus 96 du même compositeur. D'emblée, la mise en œuvre de la vocalité pleine et aboutie du chœur d'adultes de la Maitrise s’est révélée évidente et ne se démentira pas jusqu'à la fin du concert. Les polyphonies dansent au gré de lignes distinctes et totalement perceptibles pour chaque pupitre, tandis que l'alto Joséphine Geoffroy - pour le premier motet, et la soprano Thais Rai-Westphal - pour le troisième, nous ont régalés dans leurs rôles solistes de leur voix aux timbres envoutants et équilibrés ; Il en sera de même pour le quatuor du second motet formé par Luisa Trejos Olmos, Orelle Pralus, Gael Martin et Matthieu Walendzik.
Interlude avec le Cantique de Jean Racine, une œuvre de jeunesse de Gabriel Fauré - alors élève de l'École Niedermeyer, au caractère presque énigmatique dans sa conduite polyphonique fuguée.
Final enfin avec le Requiem de Fauré, pièce emblématique du répertoire liturgique récent dont la profondeur et la beauté sont si achevées dans l'écriture qu'elle n’ont pu qu’inviter sans condition au recueillement et au questionnement. Les sept parties ont, en effet, offert un régal sans équivoque, ici mises en exergue par la Maîtrise avec un tel talent révélant une approche expressive mélodieuse toute de nuances et finesse - et sans l'exagération emphatique que la puissance dramatique de plusieurs passages peut parfois susciter. L'unité fut complète et évidente, et la portée du message liturgique totalement présente. Félicitations aux deux solistes, la soprano Ana Escudero, tout simplement époustouflante dans son placement et sa musicalité, ainsi qu’au baryton Matthieu Walendzik, à la voix puissante et profonde, d'un timbre d'une gravité marquante et épanouie dans sa personnalité.
Félicitation enfin à Henry Chalet pour sa direction allante, sa vision musicale et ses choix dans l'élaboration artistique de ce programme de rentrée, ainsi qu’à Yves Castagnet pour sa relation instrumentale en osmose parfaite avec le chœur. Une saison « Hors les murs », généreuse dans sa programmation qui s'annonce sous les meilleurs augures.


Jean-Paul Bottemanne

  concert « privé » Duo Varnerin 22 octobre 2019

À l'occasion d'un concert privé, le duo Varnerin, tandem complice de la soprano Stéphanie et de son frère Mathieu à la guitare, a donné la possibilité de découvrir en avant-première une partie des pièces que chacun pourra retrouver sur leur premier opus « Renouveau » à paraître à partir du 25 octobre sur le label Muso.
Leur répertoire, un hommage quasi exclusif à la mélodie française et à ses plus grands compositeurs, porte autant l'originalité audacieuse de la transcription pour guitare et voix d'œuvres intimistes et suaves que l'expression d'une poésie musicale inspirée. Un travail de réécriture instrumentale judicieux exercé en tout point dans les choix de Mathieu Varnerin et révélant un équilibre savant des sonorités qu'il a su trouver ; Des sonorités aptent à éclairer sans exagération dans ces mélodies la partie vocale ou venant transfigurer notamment cette Berceuse de Louis Vierne, une œuvre originellement pour orgue. Les harmonies complexes de Debussy, la modalité revisitée de Déodat de Séverac, le raffinement galant de Reynaldo Hahn, ou encore la finesse de Fauré, trouvent ici leur juste place dans l'échange musical entre voix et guitare, s'exprimant avec profondeur et facilité. L'écrin est propice à la très belle voix aux couleurs chatoyantes, claires et maîtrisées de Stéphanie Varnerin. Les phrases s'envolent avec grâce, s'étirent avec aisance, le maniérisme est évité, la musicalité est évidente et engagée, et le partage du plaisir immédiat.
Nul doute qu'ils sauront conquérir par leur talent le cœur d'un public plus large en portant haut les couleurs de ce genre musical qu'ils affectionnent que ce soit lors des prochaines dates annoncées ou par ce premier enregistrement « Renouveau ».
Bravo encore à la qualité indéniable de leur entreprise, manifestation d'une expertise aboutie, ciselée et assurée.
 

Jean-Paul Bottemanne

 

Concert 26 mars 2019 Cathédrale Notre Dame de Paris

Chant grégorien et musique médiévale

 


Beatus Vir, un programme magistralement bâti autour d'un corpus de conduits, motets et répons du XIIe et XIIIe majoritairement issus de l'École de Notre-Dame et judicieusement complétés par trois exemples de chansons de trouvères. Un beau programme présenté par un ensemble lumineux de cinq solistes tous issus de de la Maîtrise de Notre Dame sous la direction du talentueux Sylvain Dieudonné à la vielle et accompagné de Françoise Johannel à la harpe. Que dire devant tant de grâce vocale et de talents réunis, entre les sopranos Hélène Richer, Julia Gaudin et Florence Pouderoux, l'alto Clotilde Cantau et le contre-ténor Raphaël Mas. Chacun, chacune aura été apprécié en soliste et en choeur pour le plus grand bonheur de tous dans des combinaisons à géométrie variable. Chacun, chacune aura généreusement joint l'intensité spirituelle à l'expression musicale et poétique dans une qualité vocale remarquable de pureté et d'assurance. Les mélismes coulent avec aisance et fluidité, les couleurs modales sont mises en évidence, la polyphonie s'exprime clairement, le souffle est communiqué, le lyrisme présent, le timbre riche et profond. Le plaisir et la passion enfin qui les habitent font de ce groupe un ensemble vocal supérieur et virtuose du début à la fin, de véritables ambassadeurs de la beauté inaltérable de la musique médiévale; ils méritent d'être applaudis sans retenue pour leur maîtrise et leur juste expertise dans l'interprétation de ce répertoire délicat et raffiné. Interprétations soulignées et appuyées avec tact et emphase discrète par les deux musiciens. Véritablement un vrai bijou de bout en bout.


Jean-Paul Bottemanne

 

Concert Invalides Jeudi 21 février 2019 Orchestre Chambre Toulouse et Remi Geniet

 

 

L'invitation offerte au prodigieux jeune pianiste Remi Geniet et à l'Orchestre de Chambre de Toulouse sous la direction de Gilles Colliard de s'unir dans l'écrin de la Salle Turenne des Invalides aura été un vrai régal tant l'intensité et la qualité éblouissante de leur concert furent une réussite.
Entrée en matière avec une version pour cordes de la Symphonie n.36 « Linz » de Mozart, oeuvre caractéristique de l'époque viennoise du génie autrichien. L'évidence mélodique coule et se maintient au gré des quatre mouvements dans une succession de contrastes et de couleurs finement ciselés par l'orchestre de Chambre, comme dans l'Allegro et l'Andante. Les propositions et les réponses sont distinctes et posées, la polyphonie des pupitres clairement perceptible et la direction attentive et habitée de Gilles Colliard engage pleinement jusqu'aux dernières notes du Presto plein d'allégresse.
Contraste saisissant avec le Concerto pour piano opus 16 d'Edward Grieg. Cette oeuvre exigeante au lyrisme romantique exacerbé captive de bout en bout. Les thèmes imposants et les motifs envoutants impriment un élan et une grâce superbe. Souffle retenu dès l'introduction fougueuse de Remi Geniet qui n'a de cesse de faire chanter son instrument dans une explosion féerique et sensible à chacune de ses interventions. Jeu magistral du jeune prodige qui emporte avec lui le public dans le déluge d'une partition pianistique virtuose au plus haut niveau. Son toucher d'une sensualité délicieuse révèle une essence passionnelle d'une noblesse supérieure. Expression adroitement habillée et complétée par l'Orchestre de Chambre de Toulouse aux sonorités justes et égales, avec un chef toujours aussi attentif. Les dernières notes laissent un public ivre de tant de générosité, bée devant tant de talent. Véritablement des artistes à entendre et réentendre dès que possible.
 

Jean-Paul Bottemanne

   

2004 : ANNÉE MARC-ANTOINE CHARPENTIER 

JORDI SAVALL ET MARC-ANTOINE CHARPENTIER : une interview exclusive

Notre revue a eu le grand plaisir de demander à Jordi SAVALL quelles étaient ses impressions quant au grand musicien français dont nous fêtons le 300ième anniversaire de sa mort. Avant le concert consacré à CHARPENTIER qu'il donnait cette soirée à Vézelay, il a bien voulu rappeler quelles furent les conditions de sa rencontre avec l'oeuvre du musicien et quels conseils il propose à l'auditeur contemporain pour aborder cette oeuvre délicate...

 

© LEXNEWS 2004

LEXNEWS : « Comment avez-vous découvert CHARPENTIER dans votre parcours musical ? » 

Jordi SAVALL : « J’ai découvert CHARPENTIER dans la première période de mon parcours où j’étudiais la musique française de Marin MARAIS, François COUPERIN, et bien d’autres encore que je découvrais avec passion à la Bibliothèque Nationale et également à la Bibliothèque de Versailles. C’est avec ce travail de recherche que je me préparais à apprendre à jouer de la viole de gambe et à cette occasion je me suis rapidement rendu compte que CHARPENTIER était l’un des plus grands de cette époque. C’est à cette même époque que j’ai réalisé que autant LULLY, et après lui Marin MARAIS et François COUPERIN, avait pris une place très importante dans la musique d’opéra et la musique instrumentale, autant CHARPENTIER avait vraiment développé avec la musique religieuse un art dans lequel il excellait au dessus de tous. J’ai essayé en premier lieu de m’imprégner de son œuvre. Après quelques années de travail, j’ai pu réunir un bon ensemble de chanteurs avec la Capella Reial  et en 1989 nous avons fondé le Concert des Nations avec lequel nous avons pu réaliser le premier enregistrement de CHARPENTIER. J’essayais alors de choisir des pièces qui montraient le parcours de la vie de Marie mis en musique. C’est ainsi que j’ai pu introduire des pièces dans ce disque qui dataient de ces premières années de recherche. Je dois avouer que c’est toujours un souvenir émouvant que d’évoquer cette période où j’avais réussi à réunir toute l’œuvre complète de CHARPENTIER en microfilms : cela tenait en 4 ou 5 grands rouleaux de microfilms ! C’est ainsi que je pouvais aller d’un livre à l’autre et choisir à loisir toutes les œuvres de ce grand musicien. C’est en plus une musique qui est écrite de manière très claire, la plupart des œuvres que nous avons enregistrées pour ce disque ont d’ailleurs été jouées à partir de l’original sans transcriptions. C’est en effet un de mes meilleurs souvenirs quant au travail sur la musique religieuse baroque de cette époque avec MONTEVERDI ! »

LEXNEWS : « Quel conseil Jordi Savall pourrait il donner à un auditeur contemporain pour écouter CHARPENTIER de nos jours ? »

 

Jordi SAVALL : « Je pense que c’est une musique qui comme toutes les musiques est tributaire de son interprétation. Il y a certes des musiques qui s’avèrent être plus tolérantes quant à leur approche. Elles peuvent supporter des interprétations plus souples sans pour autant les dénaturer. A l’inverse, pour la musique de CHARPENTIER, comme celle de Marin MARAIS d’ailleurs, l’interprétation, le jeu de la viole, la manière de chanter ainsi que tous les autres processus contribuent à la dimension spirituelle de cette musique. Les œuvres de CHARPENTIER comme celles de MONTEVERDI ou celles de Tomas Luis de VICTORIA sont beaucoup plus que de belles compositions ou de beaux contrepoints, il y a toujours un message spirituel très fort et il faut le retrouver. Il faut vraiment dépasser le cadre du concert et considérer ces musiques comme de véritables œuvres vivantes spirituelles. Je pense que c’est ce qui fait que ces musiques sont parfois plus difficiles d’accès à un auditeur si l’interprète n’est pas véritablement habité par cette approche. Je pense que c’est le danger de faire du CHARPENTIER comme on pourrait faire du HAENDEL ou du VIVALDI, ce n’est pas la même chose ! Si des œuvres de CHARPENTIER peuvent apparaître de prime abord comme spectaculaires, ce n’est pas cet aspect qui prime chez ce compositeur… Je pense qu’il est possible de lui appliquer cette phrase de COUPERIN qui disait : « J’aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend » ! CHARPENTIER offre toujours une musique pleine de grâce, de finesse, de contrepoint, d’harmonies très recherchées ainsi qu’un travail sur les voix, sur la conception même de l’œuvre.

Les œuvres de CHARPENTIER ont un peu souffert d’autres répertoires plus populaires. A l’époque le prestige qu’avait LULLY grâce à ses privilèges éclipsait les autres musiciens de faire connaître leur art. Il ne faut surtout pas considérer l’œuvre de CHARPENTIER sous cet angle car il n’est pas un musicien de cour. Son œuvre religieuse est d’une grande pureté inspirée notamment par l’Italie avec le travail réalisé avec CARISSIMI. Pour moi, c’est un  peu le PURCELL français avec qui il partage sa dimension créatrice, sa maîtrise du contrepoint et  son goût pour la recherche d’harmonies très hardies.

Il me semble que le meilleur conseil que je puisse donner à un auditeur contemporain c’est de prendre son temps pour découvrir tout cela. Il faut se laisser porter par la musique et essayer d’entrer dans cette dimension spirituelle et esthétique de l’œuvre de CHARPENTIER. »              

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