REVUE CULTURELLE

Votre Webmag de la Culture depuis 1999

 

  

ACCUEIL

CINEMA

EXPOS

TECHNOLOGIES

DISQUES

CONCERTS

FASHION

LIVRES

THEATRE

INTERVIEWS

SPORTS

SAVEURS

GASTRONOMIE

JARDIN

ESCAPADES

CADEAUX

 

Édition Semaine n° 21 Mai 2017

LEXNEWS EXPRESS : à noter sur vos agendas...

 

 

 

LES SELECTIONS CONCERTS LEXNEWS

LEXNEWS VOUS ACCOMPAGNE CHAQUE SEMAINE DANS L'UNIVERS DE LA MUSIQUE : CONCERTS, SALONS,...

 
 
INFOS EXPRESS Lexnews a écouté pour vous... Concert du 4 mai 2017, Mikhail Rudy, Collège des Bernardins

Pour sa quatrième venue depuis 2009 sous la voûte de la nef du Collège des Bernardins, Mikhail Rudy, classé à juste titre parmi les vingt plus grands pianistes par le BBC Music Magazine, s’est fait le chantre sincère et humble de la Liberté avec un programme de choix et d’excellence. De par son jeu limpide dans une virtuosité assumée, son adhésion totale à l’art musical s’est propagée dans les rangs d’une audience captivée au-delà de ses espérances. Monsieur Rudy nous a offert de la joie, de l’émotion et de l’authenticité dans la communion de sa sensibilité particulière et unique. Tour à tour mesuré et délicat, festif et généreux, habité et recueilli, il a survolé l’ensemble de son récital d’une seule traite allant de Bach à Pärt avec brio, élevant et entraînant dans son sillage un public ébahi. Liberté chère à tous ces compositeurs dont il a endossé l’âme, liberté dans leur parcours artistique, leur art, leur esthétique, leur capacité et volonté à élargir le champ des possibles, offrant ainsi un extraordinaire voyage dans bien des univers.
Début baroque avec les deux chorals de Bach BWV 599 et 639, transcrits par Busoni : la polyphonie s’étire dans une lente et grave procession, invite au respect et à la dévotion christique. L’apparente simplicité est un subtil jeu de miroir pourtant complexe d’une écriture tonale où chaque ligne est harmonieusement conduite à la perfection et se révèle sous les doigts du maestro. Changement d’éclairage et de posture avec le classicisme et la Fantaisie en ré min KV 397 de Mozart. Les délicieuses séquences thématiques s’enchaînent avec la légèreté d’un souffle chaleureux, élégant et soyeux. Plongée romantique avec Brahms et ses Trois intermezzi op.118 (1,2 et 6) suivis du Prélude du 3e acte de Tristan et Isolde de Wagner-Liszt. Pour ces deux pièces, le jeu, la technique pianistique et l’harmonie se chargent en grondements tumultueux. L’expression se manifeste dans une intensité soutenue, l’espace se densifie pour mieux éclairer encore le caractère tantôt merveilleux, tantôt méditatif, tantôt terrible chez Brahms, ou encore le sortilège hypnotique, exubérant et incantatoire d’une page d’amour lyrique transfigurée au clavier. Glissement moderne avec Deux Danses opus 73 et Vers la flamme opus 72 de Scriabine qui font partie des dernières pièces écrites par ce compositeur atypique et singulier, chefs-d’œuvre s’affranchissant du langage de ses contemporains. Ici, Mikhail Rudy, en spécialiste averti et confirmé, délivre pour chacune une interprétation subliminale tout en puissance et effervescence, mettant en exergue l’intense luminosité thématique enveloppée du tourbillon des vibrations synergiques et emplies d’une dynamique envoûtante. Contraste immédiat et suspension temporelle avec In A Landscape de Cage. La modalité et l’usage quasi permanent de la résonance en pédale ouverte est une invite au rêve, repose, projette le regard au loin. Rupture nette avec Riccercata 1 et 2 de Ligeti, le discours musical heurte parfois, se construit dans le rythme et le timbre, devient presque brutal, oppressant et entêtant, affirmation d’une musique interrogative qui à la fois se fige, et pourtant va à l’essentiel et néglige la fioriture. Liberté réjouissante enfin d’un choix délibéré de l’interprète avec ce final totalement contemporain de trois pièces réunies en un seul même mouvement : trois pièces dans des couleurs novatrices et somptueuses. Fur Alina de Pärt, à la fois méditatif et aérien, d’une beauté extatique, Metamorphosis 1 de Glass, où chaque partie, dans sa répétition, évolue graduellement avec grâce et profondeur, Perpetuum Mobile de Kurtag en conclusion, avec une exploration époustouflante de la totalité du registre, par le jeu de glissandi en vagues incessantes, dans lesquelles la résonance de l’instrument s’ouvre et se noie en plein avec délice. Soulignons enfin ses rappels généreux, offrandes musicales données avec le plus grand des plaisirs par le maître comme cette Danse Des Chevaliers de Prokofiev.
Mikhail Rudy est un très grand monsieur, exact et vrai dans ce qu’il propose. Non pas uniquement par sa maitrise technique éprouvée, mais surtout par sa capacité particulière et son habileté, en hôte pacifique et attentionné à nous accueillir et nous faire entrer dans son univers sonore, monde d’une richesse infinie et exaltante. Un immense merci à lui.


Jean-Paul Bottemanne

 

Lexnews a écouté pour vous... Jean-Philippe Collard Salle Gaveau 21 février 2017
 

 

PROGRAMME

Robert Schumann, Arabesque op.18, Fantaisie op.17
Frédéric Chopin, Nocturne op.48 n°1, Sonate n°2 "funèbre"

JEAN-PHILIPPE COLLARD, piano

Ce récital de Jean-Philippe Collard, pianiste émérite de renommée internationale et à la discographie bien fournie ne pouvait qu’être la promesse d’un festin musical pour un public enthousiaste, averti et attentif. Chose fut faite avec ce programme romantique consacré à Robert Schumann et Frédéric Chopin. Deux esthétiques si riches et tellement expressives, mais si différentes dont chaque grand pianiste a sa propre lecture, sa propre perception. Jean-Philippe Collard fait partie de ces maîtres capables de faire corps avec ces œuvres d’exception jusqu’à les sublimer.
Mise en bouche avec l’Arabesque opus 18 de Schumann. Cette pièce relativement courte de forme rondo est facilement abordable : le contraste immédiat entre la volte du refrain tourbillonnant et les couplets aux caractères plus chorales rend sa perception simple et sa lecture aisée. Les chants s’égrènent, s’épanouissent. L’harmonie s’impose sans rupture ni heurts. Choix judicieux abordé par Collard avec lyrisme et déjà passion, prélude adapté pour la Fantaisie opus 17 qui suit. Pièce emblématique du romantisme, magnifique déclaration d’amour d’une richesse profonde. D’emblée, Collard nous transporte dans la profusion passionnelle du premier mouvement, en déclame toute la poésie complexe, révèle et met à nu sentiments et états d'âme. Deuxième mouvement donné dans un élan choral, grandiose et puissant, à la rencontre de l'aimé, déclaration énoncée par Collard avec sincérité. Mouvement final tout en douceur et contraste, expression d'amour ineffable qui sous les doigts experts de Jean-Philippe Collard se transmue dans une transparence délicieuse. De cette interprétation se dégagent une humilité, une pureté et une pudeur qui font vaciller et vibrer.
La deuxième partie de concert, tout entière consacrée à Chopin, est tout autant exceptionnelle. Sonate n.2 op. 35 tout simplement sublime et donnée avec tant de justesse que l'immanence expressive de la pièce s'impose d'elle-même et ne s'assujettit pas un seul instant à la seule virtuosité pianistique. Les voix mélodiques s'épanouissent dans un équilibre certain, la richesse harmonique coule avec naturel, Collard dirige l'éclairage avec acuité et maitrise sur les trois premiers mouvements et propose un Final hypnotique dans un tourbillon donné à la perfection et qui laisse pantois d'émerveillement. Nocturne op. 48 n,1 tout aussi réussi, de même que la ballade n.4 op.. 52. Chopin est avec Jean-Philippe Collard un ravissement total.
Vraiment, le Romantisme aura trouvé avec Schumann et Chopin, deux créateurs de génies, et avec Jean-Philippe Collard, un interprète privilégié et supérieur, généreux et sensationnel.

 

Jean-Paul Bottemanne

 

Lexnews a écouté pour vous... 22 février 2017, salle Cortot Gracias a la Vida, B. Kusa, M. Rewerski, La Chimera, Eduardo Eguez.

 


Assister à la création de Gracias A La Vida, le nouveau spectacle époustouflant de la Chimera aura été un privilège, un de ces instants qui marque durablement une vie et un souvenir qui restera cher : sous la houlette de Eduardo Eguez, La Chimera a déclenché un feu d’artifice féérique prodigue, fertile et unique, puisant ses racines dans ce que l’Amérique Latine a à offrir de plus beau au berceau de la rencontre musicale des mondes européens, africains et américains. Le temps, les frontières se sont abolis, l’espace de dix-sept pièces, chansons, modernes, anonymes, folkloriques, toutes plus belles les unes que les autres. Les musiciens de cet ensemble à géométrie variable fondé à l’origine en 2001 par Sabina Colonna Petri ont uni et fait vibrer leurs cordes, théorbe, violon, violes de gambe, harpe, guitares, charango, contrebasse, mais aussi flûtes andines, percussions, pour des harmonies subtiles, aériennes, célestes, modernes, jazzy, folkloriques et baroques à la fois. Mélange incroyable de bonheur savamment dosé et parfaitement pensé dans des arrangements prodigieux d’Eduardo Eguez, avec comme cadeau les deux voix exceptionnelles de grâce de la soprano Barbara Kusa et la mezzo Mariana Rewerski sans oublier l’apport enlevé de Lixsiana Fernandez et Luis Rigou. Chanteuses et chanteurs qui, a capella, en duo, trio, quatuor ont communié avec l’esprit de la fête, de la danse, de la tendresse et de la joie. Partage constant d’un plaisir profond et sincère. Chants en espagnol, guarani, chants aux accents suaves aux mélopées émouvantes, à fleur de peau. Douze musiciens qui chantent le bonheur de la vie par une musique authentique et nouvelle à la fois que rien ne lui ressemble sinon celle d’être simplement belle. En rien, une série banale de pièces teintées de folklorisme sud-américain, mais bien la sève même qui s’épanche de l’arbre de la vie. Ni une esthétique, mais un pluriel de sensibilités et d’expressions. À tel point qu’il est impossible de décrire cette beauté orgiaque sans faille, qu’il semble vain de limiter sous peine de la réduire. Que dire de plus sinon qu’avec ce programme, La Chimera et Eduardo Eguez ont fait éclore un « folklore imaginaire » de toute beauté, dans la lignée de leurs spectacles précédents. Et si d’aventure, vous le pouvez, allez l’écouter de toute urgence. Si Gracias a La Vida est le cri de leur cœur, je leur réponds Gracias a La Chimera pour cette offrande musicale, cette parenthèse intemporelle étourdissante et extraordinaire.


Jean-Paul Bottemanne

 

Lexnews a écouté pour vous... Lundi 30 janvier 2017, Philharmonie, L. Kavakos (violon), Y. Wang (piano)

 

©M. Borggrev


Il est toujours jubilatoire d’être témoin de l’alliance sur scène de deux musiciens exceptionnels. Et sans nul doute, le violoniste grec Léonidas Kavakos et la pianiste chinoise Yuja Wang nous ont généreusement offert ce délice en nous régalant d’une performance exceptionnelle avec quatre œuvres de choix.
En ouverture, la Sonate pour violon et piano JW.7/7 de Leoš Janáček a donné le ton avec l’interprétation émérite de cette pièce élégiaque et tourmentée durant lequel le violon s’immisce par jeu d’échos subtils, se prête à la pureté d’une respiration sublime dans le suraigu, enflamme, brode et se rappelle au piano impatient et bondissant. Nos deux virtuoses respirent en osmose, s’ajustent en symbiose, puis poursuivent avec le même talent concertant sur la Fantaisie en Ut Majeur op.159 de Schubert. Cette œuvre, composée en 1828, libère un univers musical ample et généreux dans une élégance recherchée et étincelante. Redoutable sur le plan technique à tel point qu’elle fut incomprise à sa création en 1828, elle vibre pourtant au gré des quatre mouvements d’une ferveur qui jamais ne s’éteint. La cohésion des deux parties est ici complète et la virtuosité se soumet à la musicalité par l’engagement total de Kavakos et Wang à en délivrer une interprétation somptueuse. La Sonate n.3 pour violon et piano de Debussy, avant-dernière pièce du programme, est tout aussi magnifique. Ici, le violon semble parler en maître tandis que le piano glisse, enrobe, se dérobe, s’immisce et enlumine tour à tour. Allegro vivo éthéré, tel un papillon qui se déploie, Intermède en suspension, Finale dynamique et fluide. Encore une fois, Kavakos et Wang donnent le ton adéquat, s’expriment en parfaite harmonie, dialoguent, s’interrogent et révèlent la modalité et la modernité harmonique et mélodique si caractéristiques et délicates de Debussy. Point d’orgue final avec la Sonate n.1 Sz. 75 de Bartok. Invite à un discours musical dans un langage complexe en rupture certaine avec les trois pièces précédentes où la dissonance n’est pas évitée. Pièce d’une exigence extrême où Kavakos et Wang répondent à la nécessité d’une agilité extraordinaire. Ici, violon et piano se côtoient sans partage apparent du matériau, comme s’ils vivaient dans deux mondes. Tempi inconstants, rythmes subrepticement teintés de folklorisme hongrois. Pièce à l’énergie dévorante avec un allegro ou l’agitation alterne avec le repos, Adagio offrant l’espace à Kavakos d’étirer des lignes mélodiques gracieuses, Allegro final virevoltant dans un échange tourbillonnant.
Définitivement, tant Léonidas Kavakos, musicien d’exception que Yuja Wang, nommée artiste de l’Année 2017 par le magazine Musical America, se sont montrés plus qu’à la hauteur de leur réputation internationale. Chacun a donné vie à la salle Pierre Boulez avec aisance, dextérité et éloquence. La sonorité de Kavakos est exemplaire dans tous les registres, l’équilibre de Wang parfait, l’union des deux éblouissante.


Jean-Paul Bottemanne

  Lexnews a écouté pour vous... Lundi 23 janvier Valentina Lisitsa - Récital de piano Grande salle Pierre Boulez – Philharmonie de Paris.

Avec cette soirée réservée à Valentina Lisitsa, pianiste ukrainienne de renommée internationale, nous avons pu goûter au plaisir d’entendre quelques joyaux de la musique pour piano ainsi qu’apprécier le talent virtuose de cette artiste à la carrière insolite et tardivement émergente.
Débutant par la Sonate n.62 HobXVI/52 (1795) de Haydn, Lisitsa parcourt l’ensemble de l’œuvre avec aisance et brio. Premier mouvement énergique et badin tout en nuances affirmées et nettes. Contrastes d’intensité ciselés et révélateurs mettant en lumière thèmes et développement. Adagio intime durant lequel le temps se suspend à la respiration profonde donnée et soutenue par l’interprète. Finale Presto où les lignes se jouent, se nouent et se dénouent dans un ballet perpétuel. Ici, Lisitsa porte une attention extrême et lumineuse aux articulations, soigne précieusement les cadences dans une affirmation vivace.
Enchaînement avec "l’Appassionata" op.57 (Sonate n.23 en Fa mineur, 1806) de Beethoven. Bâtie autour de thèmes mélodiques qui figurent parmi les plus beaux et les plus forts de ceux imaginés par le compositeur viennois, l'œuvre est comme la précédente exigeante et redoutable sur le plan technique. La fougue et le lyrisme de l’Allegro assai à la verve tumultueuse nous entraînent dans un torrent passionnel où Lisitsa navigue sans écueil, passant avec grandeur de l’ombre à la lumière éclatante. Andante incantatoire, noble, glorieux, palpitant sous les doigts de la musicienne. Allegro-Presto, terrible et à la limite du désespoir, dans une envolée finale.
Changement radical de couleur et d’atmosphère avec Gaspard de la Nuit (1908) de Ravel. Les trois pièces - Ondine, Le Gibet et Scarbo- inspirées des poèmes d’Aloysius Bertrand sont indéniablement de toute beauté et Valentina Lisitsa met pleinement en évidence le caractère expressif de chacune. Ruissellement frémissant et enchanteur, voyage chimérique et irréel dans Ondine, suspension funèbre, pesante et sinistre du Gibet, tristesse, malice féerique et frénétique de Scarbo.
Notre virtuose conclut son récital avec superbe sur les Tableaux d’une Exposition de Moussorgsky, pièce unique en son genre et emblématique - s’il en est - de la musique russe du XIXe siècle. Promenade tout du long, chaque tableau se présente dans son cadre, s’impose et se révèle entre lumières vives et obscurité, mélancolie et joie, agitation et suspension, ivresse et solennité. Valentina Lisitsa nous emmène ainsi dans sa déambulation, invite à admirer, apprécier, détailler, observer, goûter, ressentir.
Très belle soirée récompensée par de vives ovations pour une artiste à la personnalité affirmée et assurément capable d’aborder parmi les pièces les plus éblouissantes écrites pour le piano. Valentina Lisitsa mérite respect et considération pour ce qu’elle donne à la musique.
 

Jean-Paul Bottemanne

 

Lexnews a écouté pour vous... Concert Théâtre Grévin 16 janvier 2017, Giuseppina Bridelli Simone Ori, Baroque italien, Claudio Monteverdi, Barbara Strozzi, Benedetto Ferrari, Antonio Vivaldi

 

Giuseppina Bridelli © DR

C’est dans l’écrin des Glaces du Théâtre du Musée Grévin que Giuseppina Bridelli et Simone Ori nous ont invités à savourer ce programme tout entier consacré au Baroque. Par un choix cohérent d’œuvres parfois emblématiques des grands maîtres italiens, Monteverdi, Frescobaldi, Ferrari et Strozzi, nos deux artistes ont donné le meilleur de leur talent, passant de la mélancolie à la passion, du déchirement à la joie, de la lamentation à la déclaration, cela avec la rigueur et la maîtrise exigées pour la réalisation de ces pièces alliant déclamation et lyrisme.
Guiseppina Bridelli, jeune mezzo-soprano italienne au timbre cristallin et affirmé que d’autres auront pu déjà apprécier récemment dans différents opéras et réalisations à Florence, Naples Saint-Étienne, Versailles, Bologne ou Pesaro, a démontré une technique de bel canto précise et sans failles dans une vocalité certaine, théâtrale et adéquate. Ainsi fut-elle excellente dans les trois arias « Piango, gemo sospiro », « Quel passagier son io » et « Qual dopo lampi et turbini » de Vivaldi, sincère et touchante dans « Queste pungneti spine » de Ferrari, ou virevoltante et enjouée dans « Cosi mi disprezzate » de Frescobaldi, et enfin engagée dans « Con che soavità », Lamento di Arianna » et Maledetto sia l’aspetto » de Monteverdi.
Ce florilège fut savamment soutenu par les réalisations richement ornées de Simone Ori au clavecin avec une virtuosité éloquente et significative. Toujours attentif, il a su compléter et s’unir sans détour discursif à la voix de sa partenaire, recherchant avec délicatesse la couleur d’un phrasé approprié à capter l’émotion, la lumière harmonique la plus apte à souligner la mélodie. Nous avons également pu pleinement apprécier son talent de soliste dans les deux Toccatas du Primo Libro de Frescobaldi. Toccata decima au lyrisme éblouissant sinon envoûtant, Toccata nona au caractère fertile et affirmé.
Les deux rappels que nous ont offerts Bridelli et Ori furent à l’image de leur récital : généreux, beau et réussi pour le plus grand bonheur de tous.


Jean-Paul Bottemanne

 

Lexnews a écouté pour vous... Concert 5 janvier 2017, Philharmonie de Paris, Daniel Barenboïm (direction), Staatskapelle Berlin

Cette année 2017 s’est ouverte à la Philharmonie de Paris sous les meilleurs augures avec une programmation de choix. C’est en effet à Daniel Barenboïm et à la Staatskapelle Berlin qu’est revenu l’honneur de poursuivre leur magnifique cycle Mozart – Bruckner débuté en ouverture de la saison 2016-2017.
C’est en amiral sûr de son cap que notre maestro, maître incontestable à bord, a mené son équipage dans les eaux harmonieuses, délicieuses et pourtant délicates et mouvementées des deux œuvres au programme de ce jeudi 5 janvier, donnant à chaque instant l’exacte direction propre à capturer pleinement le souffle pour une voilure généreuse.
Entrée en matière avec Mozart et sa Symphonie Concertante pour violon, alto et orchestre K. 364 et les solistes invités Wolfram Brandl au violon et Yula Deyneka à l’alto. Cette œuvre « parisienne » propose un triptyque cher au prodige viennois, de par la succession et la distribution de virtuosité, mélancolie et légèreté joyeuse déroutante d’évidence qui la caractérise sur les trois mouvements. Déroulé propre pour les deux solistes à offrir au public un dialogue subtil, complice et exacerbé d’envolées lyriques, d’échanges quasiment « amoureux ». Avec sincérité et justesse, Brandl et Deyneka, qui se produisait pour la première fois à la Philharmonie, ont su exprimer ici la fougue maîtresse, la sensibilité lancinante et la grâce fringante de ces pages élégantes, révélant au détour des suspensions amples, douloureuses ou sémillantes, leur agilité et leur très grand talent. Et indéniablement, la longue et prolifique histoire d’amour passionnelle entretenue par Barenboim et avec Mozart, et avec le genre concertant, fut pour nos deux solistes un immense atout tant l’attention du maître et de l’orchestre faisant corps avec lui, a permis de projeter la lumière sur les parties solistes. Succès mérité et récompensé pour Brandl et Deneyka par de nombreux et vivaces applaudissements, encouragés par Barenboim montrant ainsi sa satisfaction et le plaisir qu’il eut à donner cette œuvre en leur compagnie.
Seconde partie consacrée à Bruckner et sa 1re Symphonie La Staatskapelle Berlin réunie au complet nous a ici proposé la version viennoise toute en force, animée et riche en profondeur. La tension graduelle et la montée en puissance que propose cette œuvre au long des quatre mouvements sont un régal par le foisonnement prolifique des thèmes et le jeu instrumental, avec ses alternances de complétude et de dépouillement du tissu orchestral, ses tutti brillants et dramatiques, son énergie portée de bout en bout. De nouveau, nous n’avons pu que nous régaler de la lecture minutieuse et passionnée et de la conduite de cet orchestre de haut niveau par David Barenboïm, avec sa volonté, sa capacité inaltérable de ne rien laisser au hasard, de savoir projeter la lumière sur l’essentiel sans négliger le détail, de susciter et maintenir la synergie et l’équilibre entre les pupitres et de révéler la force romantique, la grandeur et la beauté de cette partition, "défi audacieux et impertinent au monde entier" pour Bruckner.
Il est des hommes et des femmes rares aux talents inestimables dont la compagnie nous est précieuse. M Barenboïm, la Staatskapelle Berlin, Wolfram Brandl et Yula Deyneka font partie de ceux-là. Ce sera avec grand plaisir que nous espérons les revoir à la Philharmonie de Paris.


Jean-Paul Bottemanne

  Lexnews a écouté pour vous... concert du 11 décembre 2016 - 1001 Notes en Limousin - Théâtre Athénée


C’est grâce à L’association 1001 Notes en Limousin, créée en 2004 à l’Abbaye du Chalard que nous avons pu entendre ce soir au Théâtre Athénée une vitrine musicale des plus intéressantes. Défendant ses objectifs de promotion, d’accompagnateur de jeunes musiciens, de modernisation de l’image de la musique classique et d’ouverture à différents courants artistiques, 1001 notes nous a permis de découvrir plusieurs des artistes dont elle soutient le parcours.
Le programme a dévoilé le talent de musiciens amoureux de leurs partitions. Chaque musicien a démontré la pertinence d’un choix artistique différent avec des univers musicaux spécifiques et complémentaires En prime abord, Olivier Korber nous a régalés d’exubérance romantique tout en finesse, virtuosité et retenue au travers de sept des études opus 25 de Chopin. Ainsi, la n°7 fut l’opportunité d’un partage sincère et habité. Ce premier temps fut contrebalancé par la joie de vivre du Trio Koch avec trois pièces slaves. De la Suite en Sol mineur opus 7 de Moszkowski à la Sonatine H198 de Martinu en passant par trois danses de Shostakovitch. L’entente et l’équilibre complice entre les trois musiciens doivent beaucoup au lien familial qui unit cette famille de musiciens talentueux, mais aussi par le plaisir évident, naturel et communicatif à jouer ensemble qu’ils dégagent. Ce fut un vrai régal, empreint de poésie, de gaieté et de virtuosité. Hermione Horiot a proposé quant à elle une musicalité bien plus contemporaine et osée avec Clavarni, composition de Arne Nordheim datant de 1980. Ici le lyrisme se dévoile au fur et à mesure d’une partition se faisant souvent violence, de gestes dynamiques construisant le temps, riche dans son exploration timbrale du violoncelle. Musique qui peut sembler difficile d’accès, mais dont la beauté du langage réside si justement dans la gestuelle permanente par les modes de jeu d’une œuvre qui se construit par écho. C’est enfin Gaspard Dehaene qui s’est attaché à proposer un voyage dans l’univers de la Fantaisie. Ce fut celle d’abord organique, baroque de J.S. Bach avec la Fantaisie Chromatique et Fugue BWV 903. Nul doute sur le génie du grand compositeur qui propose avec cette pièce un véritable régal harmonique et mélodique. Nul doute aussi sur le talent de Dehaene à faire ressortir toutes les couleurs et les voix avec précision. Univers musical complexe complété et éclairé judicieusement en clôture par l’intensité sans relâche de la Fantaisie opus28 de Scriabine. Ce compositeur russe nous a laissé des pages tout aussi merveilleuses et exigeantes que Bach et Chopin, avec un langage musical unique.
Il faut aussi rendre hommage à, et ne pas oublier, Cocteau MotLotov, slameur de talent qui a joué toute la soirée le rôle de maître de cérémonie, sachant marier dans chacune de ses interventions la poésie et le rythme, la prosodie et la musicalité, la ponctuation et le verbe juste.
Ce fut ainsi une belle invitation que chacun trouvera plaisir à poursuivre avec leur Festival 2017 qui se tiendra du 20 juillet au 9 août en Limousin.


Jean-Paul Bottemanne

  Lexnews a écouté pour vous... concert de Noël des Bernardins 9 décembre 2016.


Sous le thème de la Musique pour la Liberté, s'est tenu ce vendredi 9 décembre le traditionnel concert de Noël des Bernardins réunissant pour l’occasion le quartet de jazz - formé par Johan Farjot au piano, Raphael Imbert au saxophone, Stéphane Logerot à la contrebasse et André Charlier à la batterie - et le Choeur de Paris Sciences et Lettres. C’est donc sous la direction de Johan Farjot que nous avons ainsi pu entendre et nous réjouir, dans une ambiance gaie et sympathique, l’interprétation d’une série de gospels, chants sacrés et compositions de Raphael Imbert. De What a Wonderful World à Nikosi Sikele Afrika en passant par All the religion, Douce nuit ou encore Que Ma Joie Demeure, l'ensemble des musiciens et chanteurs a fait souffler un vent enjoué et plein d'espoir, cœur battant à l'unisson, parfois dans un swing endiablé, emmené par un quartet plein d'allant.
Le public fut, ce soir-là, ainsi que l’y invitait le programme, mis à contribution et invité à partager les mélodies de We Shall Overcome et Amazing Grace pour un temps de partage et d'union fraternelle. L'auditoire a ainsi profité, dans l'esprit de Noël, d'une soirée jazzy et joyeuse, Merci.


Jean-Paul Bottemanne

  5° Festival des Heures - Collège des Bernardins, 5 concerts de musique classique Samedi 19 Novembre 2016  (20 rue de Poissy 75005)


Lexnews a écouté pour vous... Concert de None festival des heures samedi 19 Novembre 2016 The King’s Singers

Ce sont en invités de marque que les King’s Singers ont été chaleureusement accueillis par le public venu nombreux pour le Concert de None dans le cadre du Festival des Heures sous les croisées de la Nef du Couvent des Bernardins. Ce sextuor lyrique émérite et charismatique, au style et à l’élégance « very british », internationalement reconnu depuis de nombreuses années, a présenté un large éventail de musique sacré sur le thème de la Joie et de la Miséricorde. Les pièces au programme en triptyque étaient ainsi savamment distribuées entre polyphonie de la Renaissance, œuvres contemporaines et airs traditionnels.
Cravates rouges, chaussures vernies et costumes trois-pièces bleu, ce sont sur quatre très belles pièces de William Byrd que leurs voix chaudes et harmonieuses ont inauguré leur récital. Entrelacs du Haec Dies, recueillement homorythmique du O Lord, Make the Servant, fugue du Beata Viscera (à 5), lumière du Sing Joyfully. Ce fut un enchantement de savourer l’esthétique du maitre anglais du madrigal. Mise en perspective éloquente avec les quatre pièces suivantes de l’Ecole france-flamande. Perfection du Domine Dominus Nostre, virtuosité du Resonent in laudibus de Lassus, finesse polyphonique du Cantate Domino de Hassler à quatre voix, richesse introspective de Mon Dieu, J’ay en Toy l’Espérance de Sweelinck en conclusion de cette première partie consacrée à la Renaissance. Le deuxième volet a proposé une réponse intelligente en abordant le répertoire contemporain. Retour en Angleterre avec Holy is The True Light de William Harris, avec une simplicité de conduite des voix en contraste immédiat avec l’ensemble du premier volet du concert. Harmonie raffinée et succulente sur Bogoroditsye Dyevo d’Arvo Part. Cette commande faite au grand compositeur estonien par l’Ensemble est un véritable joyau miniature que tous auraient aimé bien moins courte. Franc succès également pour la pièce écrite par l’américaine Patricia Van Ness pour les King’s Singers avec My Heart is a Holy Place. Ici, un cantus firmus sur une cadence andalouse structure l’ensemble de l’œuvre avec grâce et lyrisme. Enfin, ce voyage contemporain a conclu sur une très belle découverte avec Onnis In Inimene de Cyrillus Kreek, compositeur estonien méconnu. Son caractère authentique à la fois rude dans l’harmonie, populaire dans le rythme, slave dans la mélodie est une vraie réussite. En conclusion, les King’s Singers ont offert un épisode jubilatoire et festif avec quatre arrangements de musique traditionnelle. En ouverture, Gaudete d’origine néerlandaise et Gabriel’s Message issu du répertoire basque, deux chants de Noël délivrèrent douceur, candeur et harmonies pleines. Est venue ensuite une très belle performance, drôle et enlevée de barber’s shop quartet avec Little David Plays On your Harp, avant une conclusion tout aussi joyeuse et délicieuse avec le Christmas Carol Joy To the World.
La générosité des King’s Singers s’est poursuivie et définitivement conclue par un rappel largement mérité avec l’hymne folklorique Tis The gift To be Free, pièce qu’à l’occasion d’un échange après le concert, le ténor Julian Gregory qualifia de petite douceur de « bonbon à la framboise ».
L’ensemble vocal des King’s Singers s’est montré brillant. Leur parfaite entente vocale rend limpide la conduite des parties polyphoniques. Leur capacité à échanger est à l’égal de leur facilité à se mouvoir avec aisance dans des registres extrêmement différents et sans faux pas. Par la joie de vivre qui émane d’eux, ils captivent leur public, portent avec habileté un répertoire exigeant. Chacun de ses membres, à la hauteur de son talent, est un acteur essentiel et unique de cette réussite. Seule une formation de ce niveau pouvait à l’heure de None, ce samedi transcender le Collège Des Bernardins en « Temple du Dieu Vivant ». Merci


Jean-Paul Bottemanne

  Lexnews a écouté pour vous... Luis Fernando PEREZ, Gaveau, lundi 14 mars 2016.

 

Luis Fernando Pérez, piano © Myriam Florez

Le programme était alléchant, l'artiste prometteur, la réussite fut au rendez-vous. Avec ce récital donné par Luis Fernando Perez, force est de constater que la puissance expressive du répertoire pianistique est le révélateur des multiples facettes et de la pluralité féconde des compositeurs dans leur approche de l'instrument. Et ce d'autant plus lorsque l'interprète investit son programme avec passion et sensibilité.
Première partie avec quatre pièces de Frédéric Chopin, trois nocturnes - Do dièse mineur opus posthume KKIV, ut dièes mineur n°1 et Ré bémol n°2, opus 27 - et la Ballade n°1 en Sol mineur, opus 23. Avec un toucher sûr et maitrisé, Perez a su mettre en lumière chaque thème, chaque phrase, chaque détail, porter et susciter le souffle organique pour chacun de ces chefs-d’œuvre, leur donner sens et vie. Au-delà de l'aspect technique, c'est la qualité même de l'équilibre des résonances du piano, son soin vigilant et constant à faire ressortir chaque phrasé, chaque nuance qui ont prévalu dans cette lecture intelligente et personnelle des contrastes, des respirations et des tensions de cet artiste d’origine espagnole. Romantisme parfaitement exprimé, sans exagération ni surabondance dramaturgique.
En continuité, réponse et choix judicieux avec l'intérêt d'un glissement progressif vers la modernité, cette première partie s'est conclue par L'Isle joyeuse de Claude Debussy. Ici encore, un jeu lié, virtuose, inspiré, sans perte de souffle, enlevé et délicieux pour cette pièce pleine de mystère, colorée et vivante.
La seconde partie était toute consacrée à Granados avec la suite Goyescas composée en 1911. Un hommage musical emblématique inspiré des tableaux de Goya, que le compositeur a voulu proche de la palette du peintre, et dont il s'inspirera en 1916 pour écrire l'opéra éponyme. Œuvre composée de sept tableaux virevoltants, suite extrêmement chargée, nourrie, prolifique, et parfois prolixe. C'est un ensemble étourdissant, un univers complexe et raffiné, totalement différent et étranger à Debussy et Chopin, dont Perez est un spécialiste averti et un serviteur confirmé sans nul doute. Il n'y a pas ici véritable nécessité de rentrer dans les détails de l'interprétation de l'œuvre, tant elle fut homogène, pertinente, dynamique et captivante, délivrée avec introspection et sincérité pour chacun des sept tableaux. Merci à Luis Fernando Perez d'avoir pris la peine de présenter en préambule l'ensemble de Goyescas, avec simplicité et humour.


Jean-Paul Bottemanne

 




Depuis le XIe siècle, la Maîtrise Notre-Dame de Paris et la Cathédrale ont accueilli des compositeurs qui ont constitué un patrimoine musical unique : Léonin, Pérotin, Renaut de Reims, Antoine Brumel, André Campra, Jean-François Lallouette, Jean-François Lesueur, Pierre Desvignes…
Cette liste est complétée par les nombreux organistes-compositeurs qui se succédèrent aux claviers du Grand-orgue de Notre-Dame et qui contribuèrent eux-aussi à l’enrichissement d’un répertoire spécifique à Notre-Dame. La valorisation de ce patrimoine inestimable constitue donc l’un des axes majeurs de programmation de la Maîtrise Notre-Dame de Paris.

Mais Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris est aussi attachée à la diversité de sa programmation musicale, du chant grégorien à la musique contemporaine, en passant évidemment par les chefs d’œuvre du répertoire vocal.
Dans le cadre d’une politique active d’ouverture artistique, des partenariats sont régulièrement mis en place avec des chefs et des ensembles vocaux ou instrumentaux prestigieux, qui permettent d’aborder dans les meilleures conditions artistiques les différents répertoires. Les activités de diffusion musicale de Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris s’exercent naturellement et prioritairement dans le cadre de la cathédrale Notre-Dame : concerts de la Maîtrise, auditions et récitals d’orgue, offices quotidiens et dominicaux, célébrations diocésaines, nationales et internationales.
Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris produit ainsi chaque année près de 120 manifestations (concerts de la Saison, auditions d’orgue dominicales, auditions de chœurs invités venant du monde entier) qui touchent un public de plus de 50 000 auditeurs. Au-delà, son action est perçue par les 13 millions de visiteurs qui viennent chaque année à Notre-Dame de Paris.
La Maîtrise Notre-Dame de Paris se produit aussi régulièrement dans de nombreux festivals : Festival d’Art Sacré de Paris, Festival d’Ambronay, Festival des Cathédrales de Picardie, Festival de Masevaux, Festival de Saint-Jean de Luz, Jeux d’orgues en Yvelines… Enfin, des enregistrements discographiques prolongent les activités de formation et de diffusion, mettant notamment en valeur le répertoire médiéval mais aussi la création contemporaine

 

Lexnews a écouté pour vous... Concert du 9 mai 2017 Notre Dame Cantigas de Santa Maria, Chants grégoriens et musique médiévale, Maîtrise Notre-Dame de Paris, Chœur d’enfants, Ensemble vocal de Notre-Dame de Paris, instruments médiévaux, Sylvain Dieudonné, direction.

 


Emmenés par la direction ferme et engageante de Sylvain Dieudonné, c’est dans une lumière festive et joyeuse que le Chœur d’Enfants et le Jeune Ensemble de la Maitrise de Notre-Dame de Paris accompagnés par cinq instrumentistes attentifs ont baigné les voûtes de la Cathédrale par un magnifique concert de musique médiévale ibérique du XIIIe et XIVe siècle. Intercalés autour de neuf des Cantigas de Santa Maria - recueil monumental de plus de 400 chansons populaires élaboré sur une période de trente années au XIIIe siècle par le roi de Castille Alphonse X -Le Sage, le programme a également offert le plaisir d’entendre quatre pièces provenant de l’abbaye cistercienne de Santa Maria de Huerta, quatre pièces du manuscrit de Las Huelgas et une du Livre Vermeil de Montserrat. Un riche et très beau choix mis en valeur par un agencement dont le raffinement fut vivifié par la présence de l’ensemble instrumental avec vièles, luth, rebec, flutes, cornet à bouquin, cornemuse, harpe et percussions.
Des rondos virevoltants des Cantigas à la profondeur grégorienne de l’offertoire, de l’introït et de la communion en passant par les motets, le graduel, le conduit et la ballade, l’offrande musicale fut resplendissante. Une vocalité claire et engagée révélant une unité harmonieuse, des timbres de jeunes voix déjà hautement capables et bien placées s’épanchant avec aisance, l’intensité pleine d’habileté et d’assurance des solistes - promesse de talents indéniables, venant se placer en clé de voûte, et une instrumentation médiévale si délicieuse dans sa texture à la fois fine et haute en couleur dans son essence n’ont que sublimé la beauté de ces mélodies qui n’ont rien perdu de leur charme, de leur force et grâce. Un honneur rendu à de très belles pages par une musicalité impressionnante et rayonnante. Il faut remercier ici la qualité du travail accompli dans son intégralité, celui de Sylvain Dieudonné, celui du chœur, celui des cinq instrumentistes, Stefano Cavazzini, Olivier Féraud, Solène Riot, Bérengère Sardin et Domitille Vigneron pour un résultat irrésistible et convaincant.

Jean-Paul Bottemanne
 

 

Lexnews a écouté pour vous...Vivaldi à Notre-Dame Gloria et Magnificat, Maîtrise Notre-Dame de Paris (Henri Chalet, chef de chœur), Orchestre de chambre de Paris, Andrea Marcon, direction
Coproduction Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris / Orchestre de chambre de Paris concert 26 avril 2017, Vivaldi
 


Festival vénitien, ce sont à trois œuvres somptueuses, riches et hautes en couleurs, le Magnificat RV 610a-RV 611, le Nisi Dominus RV 608 et le Gloria RV 589 du prodige italien Vivaldi que, sous la direction précieuse de Andréa Marcon, l'ensemble de l'Orchestre de Chambre de Paris, les solistes et la Maitrise de Notre Dame ont donné vie et rendu honneur à la ferveur ardente du « prêtre roux ». Carlos Mena, contre-ténor espagnol talentueux, en messager captivant et prophétique du Nisi Dominus et de la conclusion du Gloria Dominus, a irréprochablement dominé son sujet avec superbe par une précision vocale toute en clarté, son timbre puissant, équilibré et chaleureux, tour à tour se fondant et émergeant du conduit instrumental dans une résonance lumineuse et jubilatoire.
Solistes de la Maitrise de Notre-Dame dans le ton juste, rayonnantes et pourtant délicates comme Maria Lueiro Garcia et Laurence Pouderoux ou encore enlevées et pourtant mesurées comme Hélène Picard, Floriane Hasler et Fiona McGown, porteuses chacune d'une personnalité vocale déjà affirmée et chatoyante. Chœur resplendissant où chaque pupitre s'exprime et délivre sa partie avec précision, se révèle et se perçoit avec facilité dans un équilibre vocal d'une symétrie parfaite. Orchestre de Chambre de Paris dans la couleur justement baroque, majestueux dans sa capacité à épouser avec noblesse les mélodies flamboyantes et inspirantes des trois ouvrages de Vivaldi.
Ouverture par le Magnificat attaqué avec force et conviction dans une osmose vocale et instrumentale éclatante qui ne s'est pas démenti jusqu'à la cadence finale de l'œuvre. Chaque partie est un ravissement dans ses contrastes, ses nuances et ses mélodies d'une intensité émouvante. Ici, chaque groupe, chœur, orchestre, chaque soliste partage, étreint, se montre généreux, se détache et se complète dans une unité indivisible. Chaque intervention apparait limpide et claire.
En second, le Nisi Dominus au caractère tantôt fragile, tantôt animé, oscille entre jubilation et simplicité, émotion et étirement, est porté par Carlos Mena, sublime en tout. Ici, l'âme est touchée, appelée, et les prouesses techniques, tant vocales qu'instrumentales, s'inscrivent naturellement dans l'évocation du psaume 126 en toute sincérité et profondeur jusqu’à la fin.
En conclusion, le Gloria vient éclatant dans ses contrastes, tour à tour brillant chant de louange, doux et coloré chant de paix, subtil et tendre chant d'amour, saisissant chant de prière, avant l'apothéose souveraine de la fugue finale. Ici, la proclamation divine est ostentatoire, solennelle, puissante et sans ambiguïté. La partition repose sur l'équilibre et l'harmonie ici trouvée donnant sa place à chacun dans la Maison de Dieu.
Ces trois joyaux ont pu briller d'un si bel éclat grâce au talent précieux de tous ces musiciens réunis, chanteurs et instrumentistes, grâce aussi à la direction souple et balancée du chef Andrea Marcon, par sa connaissance approfondie des œuvres exécutées et sa capacité à relever l'enjeu de l'importance du détail et de la précision des articulations, grâce enfin à la magnifique préparation de la Maitrise par Henry Chalet assisté par Émilie Fleury pour ce programme entièrement consacré à Antonio Vivaldi et qui fut une bien belle et grande réussite.


Jean-Paul Bottemanne

 

Lexnews a écouté pour vous...Mardi 6 décembre 2016

Concert de la Sainte-Lucie, Maîtrise Notre-Dame de Paris, Chœur Adolf Fredrik
Yves Castagnet, orgue, Henri Chalet et fredrik Winberg, direction
Coproduction Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris / Ambassade de Suède

 

 

C’est en présence de Leurs Majestés le Roi et La Reine de Suède que la soirée musicale en Notre Dame de Paris, dédiée à Sainte-Lucie, s’est déroulée dans une magnificence éblouissante. Le programme était partagé entre la Maîtrise de Notre-Dame au grand complet, accompagnée par Yves Castagnet à l’orgue et le jeune Choeur Adolf Fredrik de Stockholm. Véritablement, ces deux formations fascinantes furent exemplaires dans la qualité de leurs prestations et leur capacité à délivrer une musicalité extraordinaire en cette soirée exceptionnelle. C’est à la Maîtrise de Notre Dame dirigée par Henri Chalet qu’est revenu l’honneur de débuter et de clore le programme avec une série de six pièces. Solennel, délicat et ciselé Noël de Bethléem sur une harmonisation de Christian Villeneuve. D’emblée, la magie opère avec une perfection chorale rare. Merveilleux O Magnum Mysterium, composé en 1994 par l’Américain Marten Lauridsen. Ici, la Maîtrise surpasse dans une interprétation mémorable, saisissante de beauté et à fleur de peau, ce véritable joyau d’une intensité remarquable et extrême. Chaque voix s’unit aux autres pour des harmonies précieuses et riches, chaque pupitre se déploie en des lignes mélodiques inspirées et admirables, chaque chanteur porte et révèle l’âme de Noël de bout en bout - tout comme dans la version de Poulenc sur ce texte issu des matines grégoriennes. Trois pièces ensuite, incontournables pour la Fête de la Nativité, avec I Saw Three Ships, Christmas Day et A Babe Is Born. Là encore, Henri Chalet conduit son ensemble avec brio, se joue de la complexité pour ne laisser subsister que l’instant musical.
Deuxième partie avec le Chœur invité d’enfants et d’adolescents Adolf Fredrick de Stockholm dirigé par Fredrik Winberg : Fête de la lumière avec un florilège de très belles pièces issues du répertoire traditionnel suédois – harmonisées par des compositeurs suédois contemporains tels Pelle Olofson ou Jan Ake Hillerud - et consacrées à Sainte Lucie. C’est bien entendu une vocalité différente de celle de la Maîtrise, mais tout aussi pleine, sérieuse, affirmée et plus qu’engageante qui s’est alors déployée durant les quatorze pièces qui se sont succédé. La mise en scène a fait honneur à la célébration de cette coutume suédoise incontournable par son cortège de jeunes filles et jeunes gens vêtus de blanc. On aurait aimé que cette lumière visuelle et musicale dure plus longtemps. La grâce et la sincérité étaient à l’égal du plaisir sincère et de la musicalité irréprochable émanant de ce chœur qui donnait ici sa première performance publique sur le continent. J’applaudis au passage la qualité remarquable d’une formation née en 2012 et déjà si capable et brillante.
En conclusion de concert, la Maîtrise a rendu hommage à l’assemblée et à ses invités de marque par le célèbre Es Ist Ein Ros Entsprungen de Praetorius dans une version harmonisée par Jan Sandström en suédois. Là encore, une performance remarquable et émouvante a rempli la Cathédrale et empli le cœur de chaque spectateur, telle « Cette belle rose fragile, exhalant un parfum de béatitude », « Den späda rosen fina, som doftar salighet ». Et assurément, ce concert donné à guichets fermés a « brillé dans le noir et vaincu l’obscurité » et a été un chant de louanges « dans la béatitude et la Lumière », « i salighet och ljus ». Mes plus vifs remerciements pour cette soirée inoubliable.


Jean-Paul Bottemanne

 

 

Lexnews a écouté pour vous...Jeudi 17 Novembre 2016

Saint Martin, le manteau partagé.
Chant grégorien et musiques Médiévales
Ensemble vocal Notre-Dame de Paris
Sylvain Dieudonné, direction

 


En ouverture du Festival des Heures organisé par le Collège des Bernardins, c’est à un florilège empreint de générosité et de beauté que nous a convié l’Ensemble Vocal de Notre-Dame de Paris sous la direction précise de Sylvain Dieudonné à la Cathédrale parisienne. Placé sous le thème de « Saint Martin, le manteau partagé » en hommage au 17e centenaire de sa naissance et marquant la clôture de l’Année de la Miséricorde, le programme s’est appuyé sur un corpus de 17 œuvres remarquables de la musique sacrée du Moyen Âge et de la Renaissance. Du conduit In Ripa Lingeris jusqu’au Iste Confessor de Guillaume Dufay en passant par les pièces provenant de Saint-Gall, Winchester, Tours, Milan, Nevers, Bergame, Paris, deux extraits de la Missa Dixerunt d’Eloy d’Amerval et un motet d’Isenbaert, il y eut des couleurs, des harmonies, des combinaisons différentes dans l’esprit, le style et la forme, mais pourtant si homogènes sur l’ensemble du concert. Devant la difficulté d’arriver à ce résultat, j’applaudis ce groupe vocal d’exception qui a si brillamment fait revivre l’art si exigeant du chant grégorien et de la polyphonique médiévale avec la justesse espérée de bout en bout. Que dire devant cette communion et cette complicité des sept intervenants, sinon louer la qualité et le talent de chacun : les différents répons, séquences, organum et autres formes furent pour chaque membre de l’Ensemble la matière de porter l’expression musicale liturgique par le biais d’une technique musicale aboutie et affirmée et de voix chaleureuses, limpides et virtuoses. J’applaudis également la volonté de chorégraphier dans l’espace, de mettre en mouvement, de jouer des résonances plurielles de la Cathédrale dans le déplacement scénique ponctué par les cloches anglaises. Sans faille, j’applaudis enfin cet Ensemble de Notre Dame et son chef qui conduit un programme d’un seul tenant et seul souffle, dans une liturgie musicale éloignée du bagage d’airs et qui ne sacrifie pas à l’ovation pourtant méritée à chaque page. Merci à vous Monsieur Dieudonné et à votre Ensemble pour cette soirée d’échange et d’harmonie et à votre talent et engagement à faire revivre la musique de l’École de Notre-Dame dans son berceau.


Jean-Paul Bottemanne

 

 

Lexnews a écouté pour vous... Concert du 18 Octobre 2016, Cathédrale de Notre-Dame

 


C’est toujours à un événement musical de grande qualité, tant de par sa programmation que par ses participants auquel nous invite la Maitrise de Notre-Dame. En collaboration avec l’Orchestre de Chambre de Paris sous la direction d’Ariane Matiakh, cette date n’a pas dérogé à la règle. Et c’est donc à un concert placé sous le sceau de la réussite, de l’art et du talent auquel nous avons assisté.
Datant de 1780 et mieux connues que les Vêpres solennelles du dimanche (KV 321), les Vêpres solennelles d’un confesseur (KV 339) figurent parmi les réussites de Mozart dans le domaine de la musique religieuse avec des passages spectaculaires comme le Laudate Dominum. C’est donc à un morceau de référence qu’Ariane Matiakh à la tête de l’Orchestre de Chambre de Paris complété par la Maitrise de Notre-Dame a donné vie en première partie de concert. Par le souffle vital exigeant que notre chef a insufflé dans une direction habitée et précise, l’orchestre, le chœur et le quatuor soliste ont livré ici une excellente interprétation. Mention toute particulière pour la soprano Maria Lueiro Garcia remarquable du début à la fin et judicieusement associée aux très belles voix d’alto Aliénor Feix, de basse d’Andrés Prunell Vulcano et de ténor d’Andrés Agudelo. D’entrée, le Dixit éclaire de par son caractère majestueux. Le chœur se déploie avec aisance en symbiose avec l’orchestre, le quatuor soliste énonce avec sincérité, simplicité et justesse. Confitebor durant lequel la complicité et le dialogue entre solistes et chœur renforcé par les trombones s’affirment avec inspiration et réussite. Beatus vir aux accents chorals tantôt jubilatoires, tantôt dramatiques. Ici, Maria Lueiro Garcia sublime la partition durant ses interventions solistes et ses vocalises fluides et non empruntées. Laudate pueri, magnifique fugue chorale dont la Maitrise maintient jusqu’au bout la puissance de son souffle dramatique. Tranquillité et sérénité du Laudate Dominum dominé de nouveau par la soprano soliste précédée par une superbe introduction du premier violon et le chœur en parfait équilibre. Magnificat conclusif impressionnant de force, puissance et allégresse. Véritablement, l’ensemble des participants, Orchestre de Chambre de Paris, Maitrise de Notre-Dame, quatuor soliste ont formé un tout cohérent, unitaire. Et si la qualité et le talent des uns et des autres y est indéniablement pour beaucoup dans la réussite de l’interprétation, le mérite en revient aussi à Ariane Matiakh par sa lecture intelligente et sensible et sa conduite souple de l’ensemble. Sans oublier également la préparation réussie par Henri Chalet du Chœur d’adultes de la Maitrise, dans une vocalité équilibrée et pleine.
Après ces Vêpres, l’Orchestre de Chambre de Paris a donné Cantus in memoriam Benjamin Britten, très belle pièce instrumentale composée par Arvo Pärt en 1977. Malgré la simplicité relative de la forme canonique, de son matériau mélodique avec sa construction sur une gamme de La mineur descendante, l’accumulation progressive et la complexité rythmique dans un crescendo progressif menant à un accord immobile final fait qu’il émerge de cette œuvre une profonde complexité dans son mouvement spiraloïde inexorable et une grande puissance expressive de regret et de souffrance. De la scansion triple de la cloche seule au tout début jusqu’à l’accord final plein, l’auditeur est plongé progressivement dans un maelström sonore de résolutions et de dissonances, jusqu’au coup final de cloche qui conclut la pièce. Grande précision encore ici de l’ensemble dirigé avec vigilance par Ariane Matiakh pour l’interprétation d’une œuvre belle et pleine dans le style propre et unique au compositeur estonien.
C’est dans une interprétation habitée que s’est conclue la soirée avec les Chants bibliques de Dvorak composés en 1894, alors que le compositeur résidait aux États-Unis, loin de son pays natal. C’est à la mezzo-soprano Nora Gubich qu’est revenu l’honneur et le mérite de faire entendre cette œuvre moins connue du compositeur et basée sur des textes en tchèque. Série de cinq pièces aux caractères et ambiances très diverses, toutes en profondeur. Dramaturgique pour le premier, noctuelle au second, bucolique au troisième, litanie dans le quatrième, annonciateur et populaire dans le cinquième. Pour chacune de ces pièces, Nora Gubisch a donné le meilleur de son talent tandis que Matiakh et l’Orchestre de Chambre de Paris mettaient en lumière les belles pages et l’orchestration fine imaginées par Dvorak.


Jean-Paul Bottemanne

2004 : ANNÉE MARC-ANTOINE CHARPENTIER 

JORDI SAVALL ET MARC-ANTOINE CHARPENTIER : une interview exclusive

Notre revue a eu le grand plaisir de demander à Jordi SAVALL quelles étaient ses impressions quant au grand musicien français dont nous fêtons le 300ième anniversaire de sa mort. Avant le concert consacré à CHARPENTIER qu'il donnait cette soirée à Vézelay, il a bien voulu rappeler quelles furent les conditions de sa rencontre avec l'oeuvre du musicien et quels conseils il propose à l'auditeur contemporain pour aborder cette oeuvre délicate...

 

© LEXNEWS 2004

LEXNEWS : « Comment avez-vous découvert CHARPENTIER dans votre parcours musical ? » 

Jordi SAVALL : « J’ai découvert CHARPENTIER dans la première période de mon parcours où j’étudiais la musique française de Marin MARAIS, François COUPERIN, et bien d’autres encore que je découvrais avec passion à la Bibliothèque Nationale et également à la Bibliothèque de Versailles. C’est avec ce travail de recherche que je me préparais à apprendre à jouer de la viole de gambe et à cette occasion je me suis rapidement rendu compte que CHARPENTIER était l’un des plus grands de cette époque. C’est à cette même époque que j’ai réalisé que autant LULLY, et après lui Marin MARAIS et François COUPERIN, avait pris une place très importante dans la musique d’opéra et la musique instrumentale, autant CHARPENTIER avait vraiment développé avec la musique religieuse un art dans lequel il excellait au dessus de tous. J’ai essayé en premier lieu de m’imprégner de son œuvre. Après quelques années de travail, j’ai pu réunir un bon ensemble de chanteurs avec la Capella Reial  et en 1989 nous avons fondé le Concert des Nations avec lequel nous avons pu réaliser le premier enregistrement de CHARPENTIER. J’essayais alors de choisir des pièces qui montraient le parcours de la vie de Marie mis en musique. C’est ainsi que j’ai pu introduire des pièces dans ce disque qui dataient de ces premières années de recherche. Je dois avouer que c’est toujours un souvenir émouvant que d’évoquer cette période où j’avais réussi à réunir toute l’œuvre complète de CHARPENTIER en microfilms : cela tenait en 4 ou 5 grands rouleaux de microfilms ! C’est ainsi que je pouvais aller d’un livre à l’autre et choisir à loisir toutes les œuvres de ce grand musicien. C’est en plus une musique qui est écrite de manière très claire, la plupart des œuvres que nous avons enregistrées pour ce disque ont d’ailleurs été jouées à partir de l’original sans transcriptions. C’est en effet un de mes meilleurs souvenirs quant au travail sur la musique religieuse baroque de cette époque avec MONTEVERDI ! »

LEXNEWS : « Quel conseil Jordi Savall pourrait il donner à un auditeur contemporain pour écouter CHARPENTIER de nos jours ? »

 

Jordi SAVALL : « Je pense que c’est une musique qui comme toutes les musiques est tributaire de son interprétation. Il y a certes des musiques qui s’avèrent être plus tolérantes quant à leur approche. Elles peuvent supporter des interprétations plus souples sans pour autant les dénaturer. A l’inverse, pour la musique de CHARPENTIER, comme celle de Marin MARAIS d’ailleurs, l’interprétation, le jeu de la viole, la manière de chanter ainsi que tous les autres processus contribuent à la dimension spirituelle de cette musique. Les œuvres de CHARPENTIER comme celles de MONTEVERDI ou celles de Tomas Luis de VICTORIA sont beaucoup plus que de belles compositions ou de beaux contrepoints, il y a toujours un message spirituel très fort et il faut le retrouver. Il faut vraiment dépasser le cadre du concert et considérer ces musiques comme de véritables œuvres vivantes spirituelles. Je pense que c’est ce qui fait que ces musiques sont parfois plus difficiles d’accès à un auditeur si l’interprète n’est pas véritablement habité par cette approche. Je pense que c’est le danger de faire du CHARPENTIER comme on pourrait faire du HAENDEL ou du VIVALDI, ce n’est pas la même chose ! Si des œuvres de CHARPENTIER peuvent apparaître de prime abord comme spectaculaires, ce n’est pas cet aspect qui prime chez ce compositeur… Je pense qu’il est possible de lui appliquer cette phrase de COUPERIN qui disait : « J’aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend » ! CHARPENTIER offre toujours une musique pleine de grâce, de finesse, de contrepoint, d’harmonies très recherchées ainsi qu’un travail sur les voix, sur la conception même de l’œuvre.

Les œuvres de CHARPENTIER ont un peu souffert d’autres répertoires plus populaires. A l’époque le prestige qu’avait LULLY grâce à ses privilèges éclipsait les autres musiciens de faire connaître leur art. Il ne faut surtout pas considérer l’œuvre de CHARPENTIER sous cet angle car il n’est pas un musicien de cour. Son œuvre religieuse est d’une grande pureté inspirée notamment par l’Italie avec le travail réalisé avec CARISSIMI. Pour moi, c’est un  peu le PURCELL français avec qui il partage sa dimension créatrice, sa maîtrise du contrepoint et  son goût pour la recherche d’harmonies très hardies.

Il me semble que le meilleur conseil que je puisse donner à un auditeur contemporain c’est de prendre son temps pour découvrir tout cela. Il faut se laisser porter par la musique et essayer d’entrer dans cette dimension spirituelle et esthétique de l’œuvre de CHARPENTIER. »              

© LEXNEWS 2004