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Édition Semaine n° 08 Février 2017

LEXNEWS EXPRESS : à noter sur vos agendas...

 

 

 

LES SELECTIONS CONCERTS LEXNEWS

LEXNEWS VOUS ACCOMPAGNE CHAQUE SEMAINE DANS L'UNIVERS DE LA MUSIQUE : CONCERTS, SALONS,...

 
 
INFOS EXPRESS 7 mars 2017 20h30 Salle Gaveau Maurizio Baglini, piano

Le pianiste Maurizio Baglini est un des musiciens plus brillants et les plus respectés sur la scène internationale. Né à Pise en 1975, il a remporté le Monte Carlo Piano Masters en 1999.
Sa prolifique carrière l’a mené dans toute l'Europe, l’Amérique et l’Asie, avec 1200 concerts comme soliste et en musique de chambre, dans les plus grandes salles de concerts comme le Teatro alla Scala de Milan, la Salle Gaveau à Paris, le Kennedy Center de Washington, l'Auditorium du Louvre et le Gasteig à Munich. Il a travaillé avec les chefs éminents Antonello Allemandi, Giampaolo Bisanti, Massimiliano Caldi, Tito Ceccherini, Daniel Cohen, Howard Griffiths, Armin Jordan, Seikyo Kim, Emanuel Krivine, Karl Martin, Donato Renzetti, Corrado Rovaris, Ola Rudner e Maximiano Valdés. Son large répertoire s'étend de Byrd à la musique contemporaine, avec une attention particulière pour Chopin, Liszt et Schumann. Il joue en duo avec la violoncelliste Silvia Chiesa : ils sont les dédicataires de pièces par Azio Corghi, Nicola Campogrande et Gianluca Cascioli.
Il enregistre maintenant exclusivement pour Decca/Universal : ses disques les plus récents ont reçu de grands éloges de la presse nationale et internationale : en 2011, il publie « Rêves », une collection des chefs-d'œuvre de Liszt pour piano solo (prix « Année Liszt » en France). En même année, il a également enregistré avec Silvia Chiesa, les sonates pour violoncelle et piano de Brahms, le "Arpeggione" de Schubert et le Carnaval de Schumann. En 2014, il enregistre Domenico Scarlatti : « In tempo di danza », ainsi qu’un nouveau double CD sur l'ensemble des œuvres pour piano de Moussorgski. En janvier 2016, il publie chez Decca un nouveau disque consacré à Schumann (les Sonates n° 1 et 2, « Presto Passionato » et Toccata op 7) qui termine le projet monographique commencé avec le Carnaval et un CD, enregistré avec Silvia Chiesa, avec l'intégrale des œuvres pour piano et violoncelle duo de Rachmaninov.
Depuis 2008 il a fait la promotion de son projet « Inno alla gioia » ("Ode à la joie"), qui l'a conduit partout dans le monde, jouant la neuvième symphonie de Beethoven dans la transcendantale transcription pour piano de Liszt. Il fait ses débuts avec ce programme au Musée d'Orsay à Paris, avec le chœur de Radio France, retransmis en direct sur France Musique, avec plus de cinquante dates prévues, entre autre Monaco, Rio de Janeiro, Tel Aviv, Beyrouth, et, en Italie, à Crémone (Teatro Pochielli) et Milano (saisons de Società dei Concerti et Orchestra Sinfonica di Milano Giuseppe Verdi).
Depuis 2012, avec l'artiste multimédia Giuseppe Andrea L'Abbate, il créé le projet "Piano Web", qui allie la performance live de chefs-d'œuvre piano – comme le Carnaval de Schumann, les Tableaux d’une exposition de Moussorgsky ou les Images de Debussy – avec un commentaire visuel, et projeté sur grand écran. Cette performance audiovisuelle tourne avec succès en Italie et à l'étranger, par exemple au festival de La Roque d'Anthéron en Provence, au Teatro Comunale de Carpi et au Teatro Comunale de Pordenone, en Italie.
Depuis 2005, Maurizio Baglini est le fondateur et directeur artistique du Festival de Piano d’Amiata. Depuis 2013, du festival de danse et de musique au Teatro Comunale « Verdi » à Pordenone : en 2015, il a le soutien du ministère italien des activités culturelles pour le projet « Hommage à Pasolini » et a été nommé ambassadeur culturel du Frioul-Vénétie Julienne région.

Programme

Robert Schumann Sonata op. 22 in sol minore
Franz Liszt 6 Grandes études "d’après Paganini"
Modest Mussorgsky Tableaux d'une exposition

 

Lexnews a écouté pour vous... Lundi 30 janvier 2017, Philharmonie, L. Kavakos (violon), Y. Wang (piano)

 

©M. Borggrev


Il est toujours jubilatoire d’être témoin de l’alliance sur scène de deux musiciens exceptionnels. Et sans nul doute, le violoniste grec Léonidas Kavakos et la pianiste chinoise Yuja Wang nous ont généreusement offert ce délice en nous régalant d’une performance exceptionnelle avec quatre œuvres de choix.
En ouverture, la Sonate pour violon et piano JW.7/7 de Leoš Janáček a donné le ton avec l’interprétation émérite de cette pièce élégiaque et tourmentée durant lequel le violon s’immisce par jeu d’échos subtils, se prête à la pureté d’une respiration sublime dans le suraigu, enflamme, brode et se rappelle au piano impatient et bondissant. Nos deux virtuoses respirent en osmose, s’ajustent en symbiose, puis poursuivent avec le même talent concertant sur la Fantaisie en Ut Majeur op.159 de Schubert. Cette œuvre, composée en 1828, libère un univers musical ample et généreux dans une élégance recherchée et étincelante. Redoutable sur le plan technique à tel point qu’elle fut incomprise à sa création en 1828, elle vibre pourtant au gré des quatre mouvements d’une ferveur qui jamais ne s’éteint. La cohésion des deux parties est ici complète et la virtuosité se soumet à la musicalité par l’engagement total de Kavakos et Wang à en délivrer une interprétation somptueuse. La Sonate n.3 pour violon et piano de Debussy, avant-dernière pièce du programme, est tout aussi magnifique. Ici, le violon semble parler en maître tandis que le piano glisse, enrobe, se dérobe, s’immisce et enlumine tour à tour. Allegro vivo éthéré, tel un papillon qui se déploie, Intermède en suspension, Finale dynamique et fluide. Encore une fois, Kavakos et Wang donnent le ton adéquat, s’expriment en parfaite harmonie, dialoguent, s’interrogent et révèlent la modalité et la modernité harmonique et mélodique si caractéristiques et délicates de Debussy. Point d’orgue final avec la Sonate n.1 Sz. 75 de Bartok. Invite à un discours musical dans un langage complexe en rupture certaine avec les trois pièces précédentes où la dissonance n’est pas évitée. Pièce d’une exigence extrême où Kavakos et Wang répondent à la nécessité d’une agilité extraordinaire. Ici, violon et piano se côtoient sans partage apparent du matériau, comme s’ils vivaient dans deux mondes. Tempi inconstants, rythmes subrepticement teintés de folklorisme hongrois. Pièce à l’énergie dévorante avec un allegro ou l’agitation alterne avec le repos, Adagio offrant l’espace à Kavakos d’étirer des lignes mélodiques gracieuses, Allegro final virevoltant dans un échange tourbillonnant.
Définitivement, tant Léonidas Kavakos, musicien d’exception que Yuja Wang, nommée artiste de l’Année 2017 par le magazine Musical America, se sont montrés plus qu’à la hauteur de leur réputation internationale. Chacun a donné vie à la salle Pierre Boulez avec aisance, dextérité et éloquence. La sonorité de Kavakos est exemplaire dans tous les registres, l’équilibre de Wang parfait, l’union des deux éblouissante.


Jean-Paul Bottemanne

  Lexnews a écouté pour vous... Lundi 23 janvier Valentina Lisitsa - Récital de piano Grande salle Pierre Boulez – Philharmonie de Paris.

Avec cette soirée réservée à Valentina Lisitsa, pianiste ukrainienne de renommée internationale, nous avons pu goûter au plaisir d’entendre quelques joyaux de la musique pour piano ainsi qu’apprécier le talent virtuose de cette artiste à la carrière insolite et tardivement émergente.
Débutant par la Sonate n.62 HobXVI/52 (1795) de Haydn, Lisitsa parcourt l’ensemble de l’œuvre avec aisance et brio. Premier mouvement énergique et badin tout en nuances affirmées et nettes. Contrastes d’intensité ciselés et révélateurs mettant en lumière thèmes et développement. Adagio intime durant lequel le temps se suspend à la respiration profonde donnée et soutenue par l’interprète. Finale Presto où les lignes se jouent, se nouent et se dénouent dans un ballet perpétuel. Ici, Lisitsa porte une attention extrême et lumineuse aux articulations, soigne précieusement les cadences dans une affirmation vivace.
Enchaînement avec "l’Appassionata" op.57 (Sonate n.23 en Fa mineur, 1806) de Beethoven. Bâtie autour de thèmes mélodiques qui figurent parmi les plus beaux et les plus forts de ceux imaginés par le compositeur viennois, l'œuvre est comme la précédente exigeante et redoutable sur le plan technique. La fougue et le lyrisme de l’Allegro assai à la verve tumultueuse nous entraînent dans un torrent passionnel où Lisitsa navigue sans écueil, passant avec grandeur de l’ombre à la lumière éclatante. Andante incantatoire, noble, glorieux, palpitant sous les doigts de la musicienne. Allegro-Presto, terrible et à la limite du désespoir, dans une envolée finale.
Changement radical de couleur et d’atmosphère avec Gaspard de la Nuit (1908) de Ravel. Les trois pièces - Ondine, Le Gibet et Scarbo- inspirées des poèmes d’Aloysius Bertrand sont indéniablement de toute beauté et Valentina Lisitsa met pleinement en évidence le caractère expressif de chacune. Ruissellement frémissant et enchanteur, voyage chimérique et irréel dans Ondine, suspension funèbre, pesante et sinistre du Gibet, tristesse, malice féerique et frénétique de Scarbo.
Notre virtuose conclut son récital avec superbe sur les Tableaux d’une Exposition de Moussorgsky, pièce unique en son genre et emblématique - s’il en est - de la musique russe du XIXe siècle. Promenade tout du long, chaque tableau se présente dans son cadre, s’impose et se révèle entre lumières vives et obscurité, mélancolie et joie, agitation et suspension, ivresse et solennité. Valentina Lisitsa nous emmène ainsi dans sa déambulation, invite à admirer, apprécier, détailler, observer, goûter, ressentir.
Très belle soirée récompensée par de vives ovations pour une artiste à la personnalité affirmée et assurément capable d’aborder parmi les pièces les plus éblouissantes écrites pour le piano. Valentina Lisitsa mérite respect et considération pour ce qu’elle donne à la musique.
 

Jean-Paul Bottemanne

 

Lexnews a écouté pour vous... Concert Théâtre Grévin 16 janvier 2017, Giuseppina Bridelli Simone Ori, Baroque italien, Claudio Monteverdi, Barbara Strozzi, Benedetto Ferrari, Antonio Vivaldi

 

Giuseppina Bridelli © DR

C’est dans l’écrin des Glaces du Théâtre du Musée Grévin que Giuseppina Bridelli et Simone Ori nous ont invités à savourer ce programme tout entier consacré au Baroque. Par un choix cohérent d’œuvres parfois emblématiques des grands maîtres italiens, Monteverdi, Frescobaldi, Ferrari et Strozzi, nos deux artistes ont donné le meilleur de leur talent, passant de la mélancolie à la passion, du déchirement à la joie, de la lamentation à la déclaration, cela avec la rigueur et la maîtrise exigées pour la réalisation de ces pièces alliant déclamation et lyrisme.
Guiseppina Bridelli, jeune mezzo-soprano italienne au timbre cristallin et affirmé que d’autres auront pu déjà apprécier récemment dans différents opéras et réalisations à Florence, Naples Saint-Étienne, Versailles, Bologne ou Pesaro, a démontré une technique de bel canto précise et sans failles dans une vocalité certaine, théâtrale et adéquate. Ainsi fut-elle excellente dans les trois arias « Piango, gemo sospiro », « Quel passagier son io » et « Qual dopo lampi et turbini » de Vivaldi, sincère et touchante dans « Queste pungneti spine » de Ferrari, ou virevoltante et enjouée dans « Cosi mi disprezzate » de Frescobaldi, et enfin engagée dans « Con che soavità », Lamento di Arianna » et Maledetto sia l’aspetto » de Monteverdi.
Ce florilège fut savamment soutenu par les réalisations richement ornées de Simone Ori au clavecin avec une virtuosité éloquente et significative. Toujours attentif, il a su compléter et s’unir sans détour discursif à la voix de sa partenaire, recherchant avec délicatesse la couleur d’un phrasé approprié à capter l’émotion, la lumière harmonique la plus apte à souligner la mélodie. Nous avons également pu pleinement apprécier son talent de soliste dans les deux Toccatas du Primo Libro de Frescobaldi. Toccata decima au lyrisme éblouissant sinon envoûtant, Toccata nona au caractère fertile et affirmé.
Les deux rappels que nous ont offerts Bridelli et Ori furent à l’image de leur récital : généreux, beau et réussi pour le plus grand bonheur de tous.


Jean-Paul Bottemanne

 

Lexnews a écouté pour vous... Concert 5 janvier 2017, Philharmonie de Paris, Daniel Barenboïm (direction), Staatskapelle Berlin

Cette année 2017 s’est ouverte à la Philharmonie de Paris sous les meilleurs augures avec une programmation de choix. C’est en effet à Daniel Barenboïm et à la Staatskapelle Berlin qu’est revenu l’honneur de poursuivre leur magnifique cycle Mozart – Bruckner débuté en ouverture de la saison 2016-2017.
C’est en amiral sûr de son cap que notre maestro, maître incontestable à bord, a mené son équipage dans les eaux harmonieuses, délicieuses et pourtant délicates et mouvementées des deux œuvres au programme de ce jeudi 5 janvier, donnant à chaque instant l’exacte direction propre à capturer pleinement le souffle pour une voilure généreuse.
Entrée en matière avec Mozart et sa Symphonie Concertante pour violon, alto et orchestre K. 364 et les solistes invités Wolfram Brandl au violon et Yula Deyneka à l’alto. Cette œuvre « parisienne » propose un triptyque cher au prodige viennois, de par la succession et la distribution de virtuosité, mélancolie et légèreté joyeuse déroutante d’évidence qui la caractérise sur les trois mouvements. Déroulé propre pour les deux solistes à offrir au public un dialogue subtil, complice et exacerbé d’envolées lyriques, d’échanges quasiment « amoureux ». Avec sincérité et justesse, Brandl et Deyneka, qui se produisait pour la première fois à la Philharmonie, ont su exprimer ici la fougue maîtresse, la sensibilité lancinante et la grâce fringante de ces pages élégantes, révélant au détour des suspensions amples, douloureuses ou sémillantes, leur agilité et leur très grand talent. Et indéniablement, la longue et prolifique histoire d’amour passionnelle entretenue par Barenboim et avec Mozart, et avec le genre concertant, fut pour nos deux solistes un immense atout tant l’attention du maître et de l’orchestre faisant corps avec lui, a permis de projeter la lumière sur les parties solistes. Succès mérité et récompensé pour Brandl et Deneyka par de nombreux et vivaces applaudissements, encouragés par Barenboim montrant ainsi sa satisfaction et le plaisir qu’il eut à donner cette œuvre en leur compagnie.
Seconde partie consacrée à Bruckner et sa 1re Symphonie La Staatskapelle Berlin réunie au complet nous a ici proposé la version viennoise toute en force, animée et riche en profondeur. La tension graduelle et la montée en puissance que propose cette œuvre au long des quatre mouvements sont un régal par le foisonnement prolifique des thèmes et le jeu instrumental, avec ses alternances de complétude et de dépouillement du tissu orchestral, ses tutti brillants et dramatiques, son énergie portée de bout en bout. De nouveau, nous n’avons pu que nous régaler de la lecture minutieuse et passionnée et de la conduite de cet orchestre de haut niveau par David Barenboïm, avec sa volonté, sa capacité inaltérable de ne rien laisser au hasard, de savoir projeter la lumière sur l’essentiel sans négliger le détail, de susciter et maintenir la synergie et l’équilibre entre les pupitres et de révéler la force romantique, la grandeur et la beauté de cette partition, "défi audacieux et impertinent au monde entier" pour Bruckner.
Il est des hommes et des femmes rares aux talents inestimables dont la compagnie nous est précieuse. M Barenboïm, la Staatskapelle Berlin, Wolfram Brandl et Yula Deyneka font partie de ceux-là. Ce sera avec grand plaisir que nous espérons les revoir à la Philharmonie de Paris.


Jean-Paul Bottemanne

  Lexnews a écouté pour vous... concert du 11 décembre 2016 - 1001 Notes en Limousin - Théâtre Athénée


C’est grâce à L’association 1001 Notes en Limousin, créée en 2004 à l’Abbaye du Chalard que nous avons pu entendre ce soir au Théâtre Athénée une vitrine musicale des plus intéressantes. Défendant ses objectifs de promotion, d’accompagnateur de jeunes musiciens, de modernisation de l’image de la musique classique et d’ouverture à différents courants artistiques, 1001 notes nous a permis de découvrir plusieurs des artistes dont elle soutient le parcours.
Le programme a dévoilé le talent de musiciens amoureux de leurs partitions. Chaque musicien a démontré la pertinence d’un choix artistique différent avec des univers musicaux spécifiques et complémentaires En prime abord, Olivier Korber nous a régalés d’exubérance romantique tout en finesse, virtuosité et retenue au travers de sept des études opus 25 de Chopin. Ainsi, la n°7 fut l’opportunité d’un partage sincère et habité. Ce premier temps fut contrebalancé par la joie de vivre du Trio Koch avec trois pièces slaves. De la Suite en Sol mineur opus 7 de Moszkowski à la Sonatine H198 de Martinu en passant par trois danses de Shostakovitch. L’entente et l’équilibre complice entre les trois musiciens doivent beaucoup au lien familial qui unit cette famille de musiciens talentueux, mais aussi par le plaisir évident, naturel et communicatif à jouer ensemble qu’ils dégagent. Ce fut un vrai régal, empreint de poésie, de gaieté et de virtuosité. Hermione Horiot a proposé quant à elle une musicalité bien plus contemporaine et osée avec Clavarni, composition de Arne Nordheim datant de 1980. Ici le lyrisme se dévoile au fur et à mesure d’une partition se faisant souvent violence, de gestes dynamiques construisant le temps, riche dans son exploration timbrale du violoncelle. Musique qui peut sembler difficile d’accès, mais dont la beauté du langage réside si justement dans la gestuelle permanente par les modes de jeu d’une œuvre qui se construit par écho. C’est enfin Gaspard Dehaene qui s’est attaché à proposer un voyage dans l’univers de la Fantaisie. Ce fut celle d’abord organique, baroque de J.S. Bach avec la Fantaisie Chromatique et Fugue BWV 903. Nul doute sur le génie du grand compositeur qui propose avec cette pièce un véritable régal harmonique et mélodique. Nul doute aussi sur le talent de Dehaene à faire ressortir toutes les couleurs et les voix avec précision. Univers musical complexe complété et éclairé judicieusement en clôture par l’intensité sans relâche de la Fantaisie opus28 de Scriabine. Ce compositeur russe nous a laissé des pages tout aussi merveilleuses et exigeantes que Bach et Chopin, avec un langage musical unique.
Il faut aussi rendre hommage à, et ne pas oublier, Cocteau MotLotov, slameur de talent qui a joué toute la soirée le rôle de maître de cérémonie, sachant marier dans chacune de ses interventions la poésie et le rythme, la prosodie et la musicalité, la ponctuation et le verbe juste.
Ce fut ainsi une belle invitation que chacun trouvera plaisir à poursuivre avec leur Festival 2017 qui se tiendra du 20 juillet au 9 août en Limousin.


Jean-Paul Bottemanne

  Lexnews a écouté pour vous... concert de Noël des Bernardins 9 décembre 2016.


Sous le thème de la Musique pour la Liberté, s'est tenu ce vendredi 9 décembre le traditionnel concert de Noël des Bernardins réunissant pour l’occasion le quartet de jazz - formé par Johan Farjot au piano, Raphael Imbert au saxophone, Stéphane Logerot à la contrebasse et André Charlier à la batterie - et le Choeur de Paris Sciences et Lettres. C’est donc sous la direction de Johan Farjot que nous avons ainsi pu entendre et nous réjouir, dans une ambiance gaie et sympathique, l’interprétation d’une série de gospels, chants sacrés et compositions de Raphael Imbert. De What a Wonderful World à Nikosi Sikele Afrika en passant par All the religion, Douce nuit ou encore Que Ma Joie Demeure, l'ensemble des musiciens et chanteurs a fait souffler un vent enjoué et plein d'espoir, cœur battant à l'unisson, parfois dans un swing endiablé, emmené par un quartet plein d'allant.
Le public fut, ce soir-là, ainsi que l’y invitait le programme, mis à contribution et invité à partager les mélodies de We Shall Overcome et Amazing Grace pour un temps de partage et d'union fraternelle. L'auditoire a ainsi profité, dans l'esprit de Noël, d'une soirée jazzy et joyeuse, Merci.


Jean-Paul Bottemanne

  5° Festival des Heures - Collège des Bernardins, 5 concerts de musique classique Samedi 19 Novembre 2016  (20 rue de Poissy 75005)


Lexnews a écouté pour vous... Concert de None festival des heures samedi 19 Novembre 2016 The King’s Singers

Ce sont en invités de marque que les King’s Singers ont été chaleureusement accueillis par le public venu nombreux pour le Concert de None dans le cadre du Festival des Heures sous les croisées de la Nef du Couvent des Bernardins. Ce sextuor lyrique émérite et charismatique, au style et à l’élégance « very british », internationalement reconnu depuis de nombreuses années, a présenté un large éventail de musique sacré sur le thème de la Joie et de la Miséricorde. Les pièces au programme en triptyque étaient ainsi savamment distribuées entre polyphonie de la Renaissance, œuvres contemporaines et airs traditionnels.
Cravates rouges, chaussures vernies et costumes trois-pièces bleu, ce sont sur quatre très belles pièces de William Byrd que leurs voix chaudes et harmonieuses ont inauguré leur récital. Entrelacs du Haec Dies, recueillement homorythmique du O Lord, Make the Servant, fugue du Beata Viscera (à 5), lumière du Sing Joyfully. Ce fut un enchantement de savourer l’esthétique du maitre anglais du madrigal. Mise en perspective éloquente avec les quatre pièces suivantes de l’Ecole france-flamande. Perfection du Domine Dominus Nostre, virtuosité du Resonent in laudibus de Lassus, finesse polyphonique du Cantate Domino de Hassler à quatre voix, richesse introspective de Mon Dieu, J’ay en Toy l’Espérance de Sweelinck en conclusion de cette première partie consacrée à la Renaissance. Le deuxième volet a proposé une réponse intelligente en abordant le répertoire contemporain. Retour en Angleterre avec Holy is The True Light de William Harris, avec une simplicité de conduite des voix en contraste immédiat avec l’ensemble du premier volet du concert. Harmonie raffinée et succulente sur Bogoroditsye Dyevo d’Arvo Part. Cette commande faite au grand compositeur estonien par l’Ensemble est un véritable joyau miniature que tous auraient aimé bien moins courte. Franc succès également pour la pièce écrite par l’américaine Patricia Van Ness pour les King’s Singers avec My Heart is a Holy Place. Ici, un cantus firmus sur une cadence andalouse structure l’ensemble de l’œuvre avec grâce et lyrisme. Enfin, ce voyage contemporain a conclu sur une très belle découverte avec Onnis In Inimene de Cyrillus Kreek, compositeur estonien méconnu. Son caractère authentique à la fois rude dans l’harmonie, populaire dans le rythme, slave dans la mélodie est une vraie réussite. En conclusion, les King’s Singers ont offert un épisode jubilatoire et festif avec quatre arrangements de musique traditionnelle. En ouverture, Gaudete d’origine néerlandaise et Gabriel’s Message issu du répertoire basque, deux chants de Noël délivrèrent douceur, candeur et harmonies pleines. Est venue ensuite une très belle performance, drôle et enlevée de barber’s shop quartet avec Little David Plays On your Harp, avant une conclusion tout aussi joyeuse et délicieuse avec le Christmas Carol Joy To the World.
La générosité des King’s Singers s’est poursuivie et définitivement conclue par un rappel largement mérité avec l’hymne folklorique Tis The gift To be Free, pièce qu’à l’occasion d’un échange après le concert, le ténor Julian Gregory qualifia de petite douceur de « bonbon à la framboise ».
L’ensemble vocal des King’s Singers s’est montré brillant. Leur parfaite entente vocale rend limpide la conduite des parties polyphoniques. Leur capacité à échanger est à l’égal de leur facilité à se mouvoir avec aisance dans des registres extrêmement différents et sans faux pas. Par la joie de vivre qui émane d’eux, ils captivent leur public, portent avec habileté un répertoire exigeant. Chacun de ses membres, à la hauteur de son talent, est un acteur essentiel et unique de cette réussite. Seule une formation de ce niveau pouvait à l’heure de None, ce samedi transcender le Collège Des Bernardins en « Temple du Dieu Vivant ». Merci


Jean-Paul Bottemanne

  Lexnews a écouté pour vous... Luis Fernando PEREZ, Gaveau, lundi 14 mars 2016.

 

Luis Fernando Pérez, piano © Myriam Florez

Le programme était alléchant, l'artiste prometteur, la réussite fut au rendez-vous. Avec ce récital donné par Luis Fernando Perez, force est de constater que la puissance expressive du répertoire pianistique est le révélateur des multiples facettes et de la pluralité féconde des compositeurs dans leur approche de l'instrument. Et ce d'autant plus lorsque l'interprète investit son programme avec passion et sensibilité.
Première partie avec quatre pièces de Frédéric Chopin, trois nocturnes - Do dièse mineur opus posthume KKIV, ut dièes mineur n°1 et Ré bémol n°2, opus 27 - et la Ballade n°1 en Sol mineur, opus 23. Avec un toucher sûr et maitrisé, Perez a su mettre en lumière chaque thème, chaque phrase, chaque détail, porter et susciter le souffle organique pour chacun de ces chefs-d’œuvre, leur donner sens et vie. Au-delà de l'aspect technique, c'est la qualité même de l'équilibre des résonances du piano, son soin vigilant et constant à faire ressortir chaque phrasé, chaque nuance qui ont prévalu dans cette lecture intelligente et personnelle des contrastes, des respirations et des tensions de cet artiste d’origine espagnole. Romantisme parfaitement exprimé, sans exagération ni surabondance dramaturgique.
En continuité, réponse et choix judicieux avec l'intérêt d'un glissement progressif vers la modernité, cette première partie s'est conclue par L'Isle joyeuse de Claude Debussy. Ici encore, un jeu lié, virtuose, inspiré, sans perte de souffle, enlevé et délicieux pour cette pièce pleine de mystère, colorée et vivante.
La seconde partie était toute consacrée à Granados avec la suite Goyescas composée en 1911. Un hommage musical emblématique inspiré des tableaux de Goya, que le compositeur a voulu proche de la palette du peintre, et dont il s'inspirera en 1916 pour écrire l'opéra éponyme. Œuvre composée de sept tableaux virevoltants, suite extrêmement chargée, nourrie, prolifique, et parfois prolixe. C'est un ensemble étourdissant, un univers complexe et raffiné, totalement différent et étranger à Debussy et Chopin, dont Perez est un spécialiste averti et un serviteur confirmé sans nul doute. Il n'y a pas ici véritable nécessité de rentrer dans les détails de l'interprétation de l'œuvre, tant elle fut homogène, pertinente, dynamique et captivante, délivrée avec introspection et sincérité pour chacun des sept tableaux. Merci à Luis Fernando Perez d'avoir pris la peine de présenter en préambule l'ensemble de Goyescas, avec simplicité et humour.


Jean-Paul Bottemanne

 




Depuis le XIe siècle, la Maîtrise Notre-Dame de Paris et la Cathédrale ont accueilli des compositeurs qui ont constitué un patrimoine musical unique : Léonin, Pérotin, Renaut de Reims, Antoine Brumel, André Campra, Jean-François Lallouette, Jean-François Lesueur, Pierre Desvignes…
Cette liste est complétée par les nombreux organistes-compositeurs qui se succédèrent aux claviers du Grand-orgue de Notre-Dame et qui contribuèrent eux-aussi à l’enrichissement d’un répertoire spécifique à Notre-Dame. La valorisation de ce patrimoine inestimable constitue donc l’un des axes majeurs de programmation de la Maîtrise Notre-Dame de Paris.

Mais Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris est aussi attachée à la diversité de sa programmation musicale, du chant grégorien à la musique contemporaine, en passant évidemment par les chefs d’œuvre du répertoire vocal.
Dans le cadre d’une politique active d’ouverture artistique, des partenariats sont régulièrement mis en place avec des chefs et des ensembles vocaux ou instrumentaux prestigieux, qui permettent d’aborder dans les meilleures conditions artistiques les différents répertoires. Les activités de diffusion musicale de Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris s’exercent naturellement et prioritairement dans le cadre de la cathédrale Notre-Dame : concerts de la Maîtrise, auditions et récitals d’orgue, offices quotidiens et dominicaux, célébrations diocésaines, nationales et internationales.
Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris produit ainsi chaque année près de 120 manifestations (concerts de la Saison, auditions d’orgue dominicales, auditions de chœurs invités venant du monde entier) qui touchent un public de plus de 50 000 auditeurs. Au-delà, son action est perçue par les 13 millions de visiteurs qui viennent chaque année à Notre-Dame de Paris.
La Maîtrise Notre-Dame de Paris se produit aussi régulièrement dans de nombreux festivals : Festival d’Art Sacré de Paris, Festival d’Ambronay, Festival des Cathédrales de Picardie, Festival de Masevaux, Festival de Saint-Jean de Luz, Jeux d’orgues en Yvelines… Enfin, des enregistrements discographiques prolongent les activités de formation et de diffusion, mettant notamment en valeur le répertoire médiéval mais aussi la création contemporaine

 

Prochains concerts :

 

Mardi 13 décembre 2016 • 20h30

Récital d'orgue
Dupré • Escaich • Florentz • Messiaen
Vincent Dubois, grand orgue

Lundi 19 décembre 2016 • 20h30

Concert de Noël
Maîtrise Notre-Dame de Paris
Philippe Lefebvre, grand orgue
Yves Castagnet, orgue de chœur
Henri Chalet, Emilie Fleury et Sylvain Dieudonné, direction

Jeudi 29 décembre 2016 • 20h30

Puer natus est
Chants grégoriens et musique médiévale
Ensemble vocal de Notre-Dame de Paris
Sylvain Dieudonné, direction

 

Lexnews a écouté pour vous...Mardi 6 décembre 2016

Concert de la Sainte-Lucie, Maîtrise Notre-Dame de Paris, Chœur Adolf Fredrik
Yves Castagnet, orgue, Henri Chalet et fredrik Winberg, direction
Coproduction Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris / Ambassade de Suède

 

 

C’est en présence de Leurs Majestés le Roi et La Reine de Suède que la soirée musicale en Notre Dame de Paris, dédiée à Sainte-Lucie, s’est déroulée dans une magnificence éblouissante. Le programme était partagé entre la Maîtrise de Notre-Dame au grand complet, accompagnée par Yves Castagnet à l’orgue et le jeune Choeur Adolf Fredrik de Stockholm. Véritablement, ces deux formations fascinantes furent exemplaires dans la qualité de leurs prestations et leur capacité à délivrer une musicalité extraordinaire en cette soirée exceptionnelle. C’est à la Maîtrise de Notre Dame dirigée par Henri Chalet qu’est revenu l’honneur de débuter et de clore le programme avec une série de six pièces. Solennel, délicat et ciselé Noël de Bethléem sur une harmonisation de Christian Villeneuve. D’emblée, la magie opère avec une perfection chorale rare. Merveilleux O Magnum Mysterium, composé en 1994 par l’Américain Marten Lauridsen. Ici, la Maîtrise surpasse dans une interprétation mémorable, saisissante de beauté et à fleur de peau, ce véritable joyau d’une intensité remarquable et extrême. Chaque voix s’unit aux autres pour des harmonies précieuses et riches, chaque pupitre se déploie en des lignes mélodiques inspirées et admirables, chaque chanteur porte et révèle l’âme de Noël de bout en bout - tout comme dans la version de Poulenc sur ce texte issu des matines grégoriennes. Trois pièces ensuite, incontournables pour la Fête de la Nativité, avec I Saw Three Ships, Christmas Day et A Babe Is Born. Là encore, Henri Chalet conduit son ensemble avec brio, se joue de la complexité pour ne laisser subsister que l’instant musical.
Deuxième partie avec le Chœur invité d’enfants et d’adolescents Adolf Fredrick de Stockholm dirigé par Fredrik Winberg : Fête de la lumière avec un florilège de très belles pièces issues du répertoire traditionnel suédois – harmonisées par des compositeurs suédois contemporains tels Pelle Olofson ou Jan Ake Hillerud - et consacrées à Sainte Lucie. C’est bien entendu une vocalité différente de celle de la Maîtrise, mais tout aussi pleine, sérieuse, affirmée et plus qu’engageante qui s’est alors déployée durant les quatorze pièces qui se sont succédé. La mise en scène a fait honneur à la célébration de cette coutume suédoise incontournable par son cortège de jeunes filles et jeunes gens vêtus de blanc. On aurait aimé que cette lumière visuelle et musicale dure plus longtemps. La grâce et la sincérité étaient à l’égal du plaisir sincère et de la musicalité irréprochable émanant de ce chœur qui donnait ici sa première performance publique sur le continent. J’applaudis au passage la qualité remarquable d’une formation née en 2012 et déjà si capable et brillante.
En conclusion de concert, la Maîtrise a rendu hommage à l’assemblée et à ses invités de marque par le célèbre Es Ist Ein Ros Entsprungen de Praetorius dans une version harmonisée par Jan Sandström en suédois. Là encore, une performance remarquable et émouvante a rempli la Cathédrale et empli le cœur de chaque spectateur, telle « Cette belle rose fragile, exhalant un parfum de béatitude », « Den späda rosen fina, som doftar salighet ». Et assurément, ce concert donné à guichets fermés a « brillé dans le noir et vaincu l’obscurité » et a été un chant de louanges « dans la béatitude et la Lumière », « i salighet och ljus ». Mes plus vifs remerciements pour cette soirée inoubliable.


Jean-Paul Bottemanne

 

 

Lexnews a écouté pour vous...Jeudi 17 Novembre 2016

Saint Martin, le manteau partagé.
Chant grégorien et musiques Médiévales
Ensemble vocal Notre-Dame de Paris
Sylvain Dieudonné, direction

 


En ouverture du Festival des Heures organisé par le Collège des Bernardins, c’est à un florilège empreint de générosité et de beauté que nous a convié l’Ensemble Vocal de Notre-Dame de Paris sous la direction précise de Sylvain Dieudonné à la Cathédrale parisienne. Placé sous le thème de « Saint Martin, le manteau partagé » en hommage au 17e centenaire de sa naissance et marquant la clôture de l’Année de la Miséricorde, le programme s’est appuyé sur un corpus de 17 œuvres remarquables de la musique sacrée du Moyen Âge et de la Renaissance. Du conduit In Ripa Lingeris jusqu’au Iste Confessor de Guillaume Dufay en passant par les pièces provenant de Saint-Gall, Winchester, Tours, Milan, Nevers, Bergame, Paris, deux extraits de la Missa Dixerunt d’Eloy d’Amerval et un motet d’Isenbaert, il y eut des couleurs, des harmonies, des combinaisons différentes dans l’esprit, le style et la forme, mais pourtant si homogènes sur l’ensemble du concert. Devant la difficulté d’arriver à ce résultat, j’applaudis ce groupe vocal d’exception qui a si brillamment fait revivre l’art si exigeant du chant grégorien et de la polyphonique médiévale avec la justesse espérée de bout en bout. Que dire devant cette communion et cette complicité des sept intervenants, sinon louer la qualité et le talent de chacun : les différents répons, séquences, organum et autres formes furent pour chaque membre de l’Ensemble la matière de porter l’expression musicale liturgique par le biais d’une technique musicale aboutie et affirmée et de voix chaleureuses, limpides et virtuoses. J’applaudis également la volonté de chorégraphier dans l’espace, de mettre en mouvement, de jouer des résonances plurielles de la Cathédrale dans le déplacement scénique ponctué par les cloches anglaises. Sans faille, j’applaudis enfin cet Ensemble de Notre Dame et son chef qui conduit un programme d’un seul tenant et seul souffle, dans une liturgie musicale éloignée du bagage d’airs et qui ne sacrifie pas à l’ovation pourtant méritée à chaque page. Merci à vous Monsieur Dieudonné et à votre Ensemble pour cette soirée d’échange et d’harmonie et à votre talent et engagement à faire revivre la musique de l’École de Notre-Dame dans son berceau.


Jean-Paul Bottemanne

 

 

Lexnews a écouté pour vous... Concert du 18 Octobre 2016, Cathédrale de Notre-Dame

 


C’est toujours à un événement musical de grande qualité, tant de par sa programmation que par ses participants auquel nous invite la Maitrise de Notre-Dame. En collaboration avec l’Orchestre de Chambre de Paris sous la direction d’Ariane Matiakh, cette date n’a pas dérogé à la règle. Et c’est donc à un concert placé sous le sceau de la réussite, de l’art et du talent auquel nous avons assisté.
Datant de 1780 et mieux connues que les Vêpres solennelles du dimanche (KV 321), les Vêpres solennelles d’un confesseur (KV 339) figurent parmi les réussites de Mozart dans le domaine de la musique religieuse avec des passages spectaculaires comme le Laudate Dominum. C’est donc à un morceau de référence qu’Ariane Matiakh à la tête de l’Orchestre de Chambre de Paris complété par la Maitrise de Notre-Dame a donné vie en première partie de concert. Par le souffle vital exigeant que notre chef a insufflé dans une direction habitée et précise, l’orchestre, le chœur et le quatuor soliste ont livré ici une excellente interprétation. Mention toute particulière pour la soprano Maria Lueiro Garcia remarquable du début à la fin et judicieusement associée aux très belles voix d’alto Aliénor Feix, de basse d’Andrés Prunell Vulcano et de ténor d’Andrés Agudelo. D’entrée, le Dixit éclaire de par son caractère majestueux. Le chœur se déploie avec aisance en symbiose avec l’orchestre, le quatuor soliste énonce avec sincérité, simplicité et justesse. Confitebor durant lequel la complicité et le dialogue entre solistes et chœur renforcé par les trombones s’affirment avec inspiration et réussite. Beatus vir aux accents chorals tantôt jubilatoires, tantôt dramatiques. Ici, Maria Lueiro Garcia sublime la partition durant ses interventions solistes et ses vocalises fluides et non empruntées. Laudate pueri, magnifique fugue chorale dont la Maitrise maintient jusqu’au bout la puissance de son souffle dramatique. Tranquillité et sérénité du Laudate Dominum dominé de nouveau par la soprano soliste précédée par une superbe introduction du premier violon et le chœur en parfait équilibre. Magnificat conclusif impressionnant de force, puissance et allégresse. Véritablement, l’ensemble des participants, Orchestre de Chambre de Paris, Maitrise de Notre-Dame, quatuor soliste ont formé un tout cohérent, unitaire. Et si la qualité et le talent des uns et des autres y est indéniablement pour beaucoup dans la réussite de l’interprétation, le mérite en revient aussi à Ariane Matiakh par sa lecture intelligente et sensible et sa conduite souple de l’ensemble. Sans oublier également la préparation réussie par Henri Chalet du Chœur d’adultes de la Maitrise, dans une vocalité équilibrée et pleine.
Après ces Vêpres, l’Orchestre de Chambre de Paris a donné Cantus in memoriam Benjamin Britten, très belle pièce instrumentale composée par Arvo Pärt en 1977. Malgré la simplicité relative de la forme canonique, de son matériau mélodique avec sa construction sur une gamme de La mineur descendante, l’accumulation progressive et la complexité rythmique dans un crescendo progressif menant à un accord immobile final fait qu’il émerge de cette œuvre une profonde complexité dans son mouvement spiraloïde inexorable et une grande puissance expressive de regret et de souffrance. De la scansion triple de la cloche seule au tout début jusqu’à l’accord final plein, l’auditeur est plongé progressivement dans un maelström sonore de résolutions et de dissonances, jusqu’au coup final de cloche qui conclut la pièce. Grande précision encore ici de l’ensemble dirigé avec vigilance par Ariane Matiakh pour l’interprétation d’une œuvre belle et pleine dans le style propre et unique au compositeur estonien.
C’est dans une interprétation habitée que s’est conclue la soirée avec les Chants bibliques de Dvorak composés en 1894, alors que le compositeur résidait aux États-Unis, loin de son pays natal. C’est à la mezzo-soprano Nora Gubich qu’est revenu l’honneur et le mérite de faire entendre cette œuvre moins connue du compositeur et basée sur des textes en tchèque. Série de cinq pièces aux caractères et ambiances très diverses, toutes en profondeur. Dramaturgique pour le premier, noctuelle au second, bucolique au troisième, litanie dans le quatrième, annonciateur et populaire dans le cinquième. Pour chacune de ces pièces, Nora Gubisch a donné le meilleur de son talent tandis que Matiakh et l’Orchestre de Chambre de Paris mettaient en lumière les belles pages et l’orchestration fine imaginées par Dvorak.


Jean-Paul Bottemanne


Lexnews a écouté pour vous...Notre-Dame, Bach, Passion selon saint Jean, Jeudi 10 mars 2016

 


Bach est incontournable dans le répertoire de la musique sacrée tant sa longue et fructueuse carrière l’amena à être associé à la conduite liturgique réformée et catholique sous de multiples formes. Dans ce corpus gigantesque qu’il nous a légué, la Passion selon saint Jean de 1724 figure en bonne place parmi les œuvres les plus somptueuses. Sous la direction de Philippe Pierlot, c’est donc à une œuvre de référence que la Maitrise de Notre Dame en collaboration étroite avec le CNSMP, le PSPBB et les CNR de Boulogne et de Paris pour la partie orchestrale s’est attaché à faire vivre sous les voûtes de Notre-Dame.
Passion-oratorio, l’œuvre structurée en deux parties alterne chœurs, airs et récitatifs. Indéniablement, parmi les 40 numéros, le chœur d’ouverture est un moment clé et une des grandes réussites de cette pièce dans sa puissance expressive mélodique et harmonique, rendue ici avec ferveur, expressivité et inspiration par l’ensemble des musiciens et la Maitrise. Chœur qui, d’emblée a donné le meilleur de ce qui pouvait être espéré. Indéniablement aussi, l’avant dernier numéro est un moment fort, particulièrement heureux et se démarque par sa ritournelle thématique hypnotique. Là encore, une réussite dans l’interprétation. Là encore, une Maitrise remarquable par l’équilibre entre et dans les pupitres, le porté vocal et la projection spatiale des parties.
Constantin Goubet, ténor, a tenu le rôle clé de l’Evangéliste avec conviction durant l’ensemble des récitatifs, Marcel Raschke et André Prunell Vulcano lui répondant avec profondeur de leur riche et très intéressante voix de basse. De même, André Prunell Vulcano, basse, Jérôme Collet, baryton, Maria Lueiro Garcia, soprano et Andres Agudelo, ténor, ont tenu leurs parties en parfaite symbiose et à propos.
Orchestre juste, en place et appliqué, porté par le chœur et attentif à la direction sans faux pas et limpide de Philippe Pierlot, membre fondateur du « Ricercar Consort ». Orchestre constitué d’élèves en cours de formation, démontrant comme toujours la qualité remarquable de l’enseignement dispensé dans les grandes institutions parisiennes.
Maitrise de Notre Dame parfaite sur l’ensemble, véritable ciment, clef de voute et poumon collectif uni, qui n’a cessé de monter en puissance, portant l’orchestre, connaissant son sujet. Maitrise de Notre-Dame proposant une identité vocale distincte et soudée, une diction quasi parfaite, à l’aise dans tous les registres. C’est à n’en point douter un travail remarquable de préparation fait en amont par Henri Chalet et une appropriation claire et posée par les choristes de cette Passion de saint Jean.


Jean-Paul Bottemanne

 

 

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Lexnews a écouté pour vous... Mardi 24 novembre 2015 – 20h30 – Notre-Dame de Paris
 

 

Influences 2 (Allemagne - Grand Nord)
Johannes Brahms (1833-1897) : Geistliches Lied / Missa canonica
Felix Mendelssohn (1809-1847) : Richte mich Gott Opus 39, n° 1 et 2 :
Josef Rheinberger (1839-1901) : Abendlied
Edvard Grieg (1843-1907) : Hvad est du dog skjon
Urmas Sisask (né en 1960) : Benedictio
Oskar Lindberg (1887-1955) Stjärntändningen
Knut Nystedt (1915-2014) : O Crux
Maîtrise Notre-Dame de Paris Chœur d’adultes
Maîtrise de Radio France
Yves Castagnet – orgue
Henri Chalet & Sofi Jeannin – direction
 

Deuxième et dernier volet du cycle « Influences, Allemagne -Grand Nord », le programme donné ce 24 novembre 2015 est le fruit de la collaboration féconde entre la Maîtrise de Notre-Dame de Paris et la Maîtrise de Radio-France, sous les directions respectives d’Henri Chalet et de Sofi Jeannin. On ne peut que se féliciter de cette volonté de réunir les élèves de deux des meilleures écoles de chant françaises et parisiennes, dans la recherche de l’excellence et de la complémentarité pédagogique, et par l’ouverture institutionnelle et le partage qui en découle. Malheureusement, en raison des événements tragiques du 13 novembre et par mesure de sécurité, les élèves mineurs n’ont pu faire entendre leurs voix, et c’est donc seul l’effectif adulte qui s’est finalement produit ce soir. Pour la même raison, le premier concert de ce cycle en date du 17 novembre avait dû être annulé.

Direction partagée donc et collaboration entre Sofi Jeannin et Henri Chalet, deux gestuelles et engagements différents, parfois soutenus par Yves Castagnet à l’orgue, pour au final, un très beau voyage musical dans l’Allemagne et l’Europe du Nord romantique et moderne.
Début de concert a capella en préambule avec « Abendlied » de Joseph Rheinberger sous la direction de Sofi Jeannin. Chœur réuni au fond de l’abside. Pièce posant avec justesse la capacité de la Maîtrise à s’exprimer avec profondeur, dans un équilibre juste des pupitres, une invitation au recueillement. Chœur s’installant ensuite et jusqu’à la fin du concert sur les marches de l’autel.
Première partie du programme avec quatre pièces scandinaves dirigées avec goût et vision par Sofi Jeannin – chef de chœur évident pour ce début de programme en raison de son parcours personnel et professionnel qui l’a mené de Stockholm à Paris et de sa connaissance affirmée des musiques des pays nordiques. « Huad est du skjon » d’Edvard Grieg, très jolie pièce au thème mystérieux de couleur modale et avec un très beau solo de baryton ici interprété par Nicolas Rouault. « Stjäntändningen » d’Oskar Lindberg, œuvre aérée et lumineuse par contraste avec le précédent et préparant à l’esthétique contemporaine du « Benedictio » d’Urmas Sisak, œuvre entraînante, percussive et rythmique, à l’harmonie modale, proche dans ses choix de couleurs de la « soul », construite autour d’ostinatos virevoltants. Conclusion avec « O Crux » de Knut Nystedt, pièce large au lyrisme généreux et sans rupture. Unité entre ces quatre pièces par une écriture qui s’affranchit par touche de la tonalité, unité par les accents d’une langue à la musicalité réelle et trop souvent méconnue.
Deuxième partie avec un choix de cinq pièces à l’esthétique résolument romantique et germanique. Mendelssohn d’abord avec l’opus n.39 pour chœur de voix de femmes et orgue avec « Laudate Pueri » et « Veni Domine » et Henri Chalet prenant la direction du chœur : ici, pureté vocale et ton juste dans la ferveur de la passion, harmonies stables et claires, lignes mélodiques évidentes, Maîtrise qui, dans un seul souffle animé, a posé une interprétation fluide et sincère, magnifique trio de solistes formé de Laurence Pouderoux, Susie Martin et Clotilde Cantau. Mendelssohn encore avec « Richte mich Gott », sous la direction de Sofi Jeannin et pour chœur mixte. Là encore, une très belle interprétation tout autant ciselée et fine, exprimée avec vie. Brahms enfin, avec deux œuvres riches, vivantes et techniquement difficiles. Dirigée de nouveau par Henri Chalet, la Maîtrise s’est engagée a capella dans « Missa Canonica » : entrées multiples, jeu d’écriture complexe, toute la difficulté de cette œuvre réside à éclairer et mettre en valeur la distribution des sujets et contresujets dans les différents pupitres ; d’où la vigilance accrue de Chalet à conduire son ensemble avec un aboutissant plein de grâce et de légèreté. Final splendide avec « Geistliches Lied », pour chœur et orgue, Ovation méritée pour les deux chefs, Yves Castagnet et le Choeur, Sofi Jeannin se joignant généreusement au rang des altos durant le rappel.
Encore une fois, nous ne pouvons qu’admirer un travail remarquable non seulement au niveau technique, mais aussi dans la qualité de l’expression toujours enlevée et irradiante et dans le choix des pièces du programme. Ici, un très vif remerciement pour ces pièces d’origine scandinave, à la fois si proches mais pourtant d’une autre teinte que celles écrites par les grands maîtres du romantisme germanique. Ici, un encore plus vif remerciement à Henri Chalet, Sofi Jeannin, Yves Castagnet et la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, pour cette parenthèse musicale si radieuse en une actualité si funèbre.


Jean-Paul Bottemanne

 

Lexnews a écouté pour vous... Concert Couvent des Bernardins, jeudi 11 février 2016, Eric le Sage et François Salque

 



La possibilité d’entendre en une seule soirée les cinq Sonates pour Piano et Violoncelle de Beethoven est une opportunité suffisamment rare pour la saisir. Un pari aussi pour les deux interprètes, car chacune de ces œuvres est un défi musical nécessitant virtuosité et sensibilité. C’est donc un programme audacieux que nous ont proposé Eric le Sage au piano et François Salque au violoncelle. Les deux musiciens, chacun un maître internationalement reconnu et primé par des prix prestigieux en son domaine, ne pouvaient que nous éblouir dans leur interprétation. Chose fut faite.
Au terme du récital donné en deux parties séparées devant une salle comble, Le Sage et Salque furent à juste titre applaudis, récompense fondée pour leur jeu brillant durant les cinq sonates.
Ce programme a aussi permis de mieux entendre et comprendre l’évolution progressive de l’écriture de Beethoven tout au long de sa carrière. Car le contraste est extrême entre les sonates N°1 et 2 écrites en 1796 et réunies dans l’opus 5, la n°3, opus 69 datant de 1808 et les n°4 et N°5 de l’opus 102. Ainsi, les Sonate n°1 et N°2 sont indubitablement marquées par l’esthétique classique d’un compositeur encore jeune et admiratif de Haydn et Mozart, alors que la Sonate N°3 porte toutes les caractéristiques pleines de lyrisme héroïque du romantisme naissant dont Beethoven fut le bâtisseur. Enfin, les N°4 et 5 abritent la quintessence du génie musical du maître viennois profondément et irrémédiablement affecté par sa surdité. Trois périodes, trois conceptions musicales.
Des cinq, la Sonate N°1 en Fa Majeur, ici jouée en ouverture, est certainement la moins réussie. Œuvre de jeunesse, première exploration de Beethoven dans l’union du violoncelle et du piano, elle est marquée par une grande exigence technique instrumentale au service de thèmes plaisants. Beethoven, alors, brillait en tant qu’interprète. Cela peut expliquer que la partie du violoncelle, souvent dans le registre grave, s’exprime avec moins de puissance que celle du piano. Ce fut donc une tâche ardue pour François Salque, en plus des prouesses techniques foisonnantes, que de ne pas se laisser submerger par la magnifique partie de piano, très fournie et sublimement interprétée par Eric Le Sage.
La Sonate N°2 en Sol mineur, donnée en ouverture du deuxième concert est de meilleure facture. avec notamment un Adagio sostenuto profond et enchanteur, durant lequel Beethoven offre à François Salque une partie de violoncelle en parfait équilibre dans la résonance avec le piano.
La Sonate N°3 en La Majeur, op.69, donnée ici entre les deux sonates de l’opus 5, est un véritable chef-d’œuvre. Elle est aussi certainement la mieux connue. Beethoven a alors affirmé un style musical qui s’affranchit et dépasse le classicisme. La Sonate, sur les quatre mouvements, est ciselée de pages exquises. Le violoncelle de Francois Salque est devenu le donneur d’ordre, conduit avec force, délicatesse et souplesse. La virtuosité s’exprime sans nécessité ni contrainte vaine. Le piano d’Eric le Sage, l’ami intime, le confident fidèle, dialogue, soutient, projette la lumière, poursuit, nourrit. Tout fut limpide, prit sens. L’incarnation et la complicité de nos deux interprètes ont conduit à un sans-faute dans l’élaboration de leur performance en donnant le meilleur d’eux-mêmes.
Les deux Sonates de l’opus 102, en clôture du concert, sont venues en point d’orgue. Ici, Beethoven, dans la solitude forcée de son imagination fertile, joue avec les formes, se montre audacieux, alterne entre l’affirmation dans la plus grande simplicité et dénuement et l’épanchement volubile et frénétique. Ici, encore, des pages difficiles et exigeantes tant au violoncelle qu’au piano, que seuls des musiciens talentueux tels que François Salque et Eric Le Sage sont capables de parcourir avec la justesse de l’interprétation requise. Merci à eux deux pour cet hommage vibrant à Beethoven.


Jean-Paul Bottemanne

2004 : ANNÉE MARC-ANTOINE CHARPENTIER 

JORDI SAVALL ET MARC-ANTOINE CHARPENTIER : une interview exclusive

Notre revue a eu le grand plaisir de demander à Jordi SAVALL quelles étaient ses impressions quant au grand musicien français dont nous fêtons le 300ième anniversaire de sa mort. Avant le concert consacré à CHARPENTIER qu'il donnait cette soirée à Vézelay, il a bien voulu rappeler quelles furent les conditions de sa rencontre avec l'oeuvre du musicien et quels conseils il propose à l'auditeur contemporain pour aborder cette oeuvre délicate...

 

© LEXNEWS 2004

LEXNEWS : « Comment avez-vous découvert CHARPENTIER dans votre parcours musical ? » 

Jordi SAVALL : « J’ai découvert CHARPENTIER dans la première période de mon parcours où j’étudiais la musique française de Marin MARAIS, François COUPERIN, et bien d’autres encore que je découvrais avec passion à la Bibliothèque Nationale et également à la Bibliothèque de Versailles. C’est avec ce travail de recherche que je me préparais à apprendre à jouer de la viole de gambe et à cette occasion je me suis rapidement rendu compte que CHARPENTIER était l’un des plus grands de cette époque. C’est à cette même époque que j’ai réalisé que autant LULLY, et après lui Marin MARAIS et François COUPERIN, avait pris une place très importante dans la musique d’opéra et la musique instrumentale, autant CHARPENTIER avait vraiment développé avec la musique religieuse un art dans lequel il excellait au dessus de tous. J’ai essayé en premier lieu de m’imprégner de son œuvre. Après quelques années de travail, j’ai pu réunir un bon ensemble de chanteurs avec la Capella Reial  et en 1989 nous avons fondé le Concert des Nations avec lequel nous avons pu réaliser le premier enregistrement de CHARPENTIER. J’essayais alors de choisir des pièces qui montraient le parcours de la vie de Marie mis en musique. C’est ainsi que j’ai pu introduire des pièces dans ce disque qui dataient de ces premières années de recherche. Je dois avouer que c’est toujours un souvenir émouvant que d’évoquer cette période où j’avais réussi à réunir toute l’œuvre complète de CHARPENTIER en microfilms : cela tenait en 4 ou 5 grands rouleaux de microfilms ! C’est ainsi que je pouvais aller d’un livre à l’autre et choisir à loisir toutes les œuvres de ce grand musicien. C’est en plus une musique qui est écrite de manière très claire, la plupart des œuvres que nous avons enregistrées pour ce disque ont d’ailleurs été jouées à partir de l’original sans transcriptions. C’est en effet un de mes meilleurs souvenirs quant au travail sur la musique religieuse baroque de cette époque avec MONTEVERDI ! »

LEXNEWS : « Quel conseil Jordi Savall pourrait il donner à un auditeur contemporain pour écouter CHARPENTIER de nos jours ? »

 

Jordi SAVALL : « Je pense que c’est une musique qui comme toutes les musiques est tributaire de son interprétation. Il y a certes des musiques qui s’avèrent être plus tolérantes quant à leur approche. Elles peuvent supporter des interprétations plus souples sans pour autant les dénaturer. A l’inverse, pour la musique de CHARPENTIER, comme celle de Marin MARAIS d’ailleurs, l’interprétation, le jeu de la viole, la manière de chanter ainsi que tous les autres processus contribuent à la dimension spirituelle de cette musique. Les œuvres de CHARPENTIER comme celles de MONTEVERDI ou celles de Tomas Luis de VICTORIA sont beaucoup plus que de belles compositions ou de beaux contrepoints, il y a toujours un message spirituel très fort et il faut le retrouver. Il faut vraiment dépasser le cadre du concert et considérer ces musiques comme de véritables œuvres vivantes spirituelles. Je pense que c’est ce qui fait que ces musiques sont parfois plus difficiles d’accès à un auditeur si l’interprète n’est pas véritablement habité par cette approche. Je pense que c’est le danger de faire du CHARPENTIER comme on pourrait faire du HAENDEL ou du VIVALDI, ce n’est pas la même chose ! Si des œuvres de CHARPENTIER peuvent apparaître de prime abord comme spectaculaires, ce n’est pas cet aspect qui prime chez ce compositeur… Je pense qu’il est possible de lui appliquer cette phrase de COUPERIN qui disait : « J’aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend » ! CHARPENTIER offre toujours une musique pleine de grâce, de finesse, de contrepoint, d’harmonies très recherchées ainsi qu’un travail sur les voix, sur la conception même de l’œuvre.

Les œuvres de CHARPENTIER ont un peu souffert d’autres répertoires plus populaires. A l’époque le prestige qu’avait LULLY grâce à ses privilèges éclipsait les autres musiciens de faire connaître leur art. Il ne faut surtout pas considérer l’œuvre de CHARPENTIER sous cet angle car il n’est pas un musicien de cour. Son œuvre religieuse est d’une grande pureté inspirée notamment par l’Italie avec le travail réalisé avec CARISSIMI. Pour moi, c’est un  peu le PURCELL français avec qui il partage sa dimension créatrice, sa maîtrise du contrepoint et  son goût pour la recherche d’harmonies très hardies.

Il me semble que le meilleur conseil que je puisse donner à un auditeur contemporain c’est de prendre son temps pour découvrir tout cela. Il faut se laisser porter par la musique et essayer d’entrer dans cette dimension spirituelle et esthétique de l’œuvre de CHARPENTIER. »              

© LEXNEWS 2004